Undercover – Electric Ladyland de Jimi Hendrix

Undercover Apocalypse

A l’occasion de la récente sortie de Both Sides of the Sky, un énième album posthume de Jimi Hendrix, il est temps de se replonger à travers l’histoire de la plus célèbre pochette censurée au monde : Electric Ladyland.


 

On est en 1968, The Jimi Hendrix Experience sort Electric Ladyland3ème et dernier album studio du groupe. Véritable monument de la musique, mélange d’un blues explosif et de rock psychédélique fougueux, l’album rencontre vite le succès aux USA, et partout ailleurs. Pourtant au départ, ce n’est pas la musique du disque qui fait parler d’elle, mais bien autre chose : sa pochette.

Composé entièrement par Jimi Hendrix, c’est tout naturellement qu’il décide de laisser des instructions dans une lettre pour la pochette de l’album. Son idée était d’utiliser une photo prise par Linda Eastman (la femme de Paul McCartney), représentant le groupe assis avec des enfants devant la statue londonienne d’Alice au pays des merveilles à Hyde Park.


 

Voici la lettre qu’adressa Hendrix à Reprise Records, leur maison de disque :

« Monsieur,
Voici les dessins que nous souhaiterions voir apparaître sur la pochette du LP. De préférence sur le devant et sur l’arrière. Sans les cadres blancs autour de celles en noir et blanc. Et avec la plupart d’entre elles mises l’une à côté de l’autre et mélangées avec la couleur de fond de la pochette à différents endroits.
Merci d’utiliser la photo en couleur de nous avec les enfants sur la statue pour les photos extérieures de la pochette (sur le devant ou sur l’arrière) ainsi qu’une autre pour l’autre côté. Merci d’utiliser trois photos de nous de qualité pour cette pochette. En noir et blanc ou en couleur.
Nous voudrions nous excuser d’avoir mis autant de temps à vous envoyer tout cela mais nous avons travaillé très dur pour les concerts et l’enregistrement de l’album. S’il vous plait, pourriez-vous trouver un endroit sur la pochette de face pour écrire : « Letter to the room full of mirrors » (…)
Merci de respecter ces consignes car tout changement serait inapproprié vis-à-vis de la musique du disque et des performances live du groupe – et la musique est ce qu’il y a de plus important. En plus, nous avons assez de problèmes personnels pour en plus avoir à nous soucier de la bonne réalisation de cette pochette.
Merci,
Jimi Hendrix »

 


 

Seulement voilà, aucune édition de l’album ne sera pressé avec cette pochette, et aucune de ses instructions (peu claires) ne sera prise en compte. L’image restera dans les tiroirs du label.

Et pour cause, Reprise Records avait une autre idée en tête : une cover représentant 19 femmes nues sur fond noir tenant dans leurs mains les précédents opus du prodige. La maison de disque proposa à des femmes rencontrées dans la rue une poignée de dollars pour poser nues pour la pochette.


 

Jimi ne voulait pas de cette pochette, jugeant l’impression de la photo de mauvaise qualité. Mais la maison de disques décida néanmoins de commercialiser le disque tel quel. Photographié par un certain David King, la volonté de base de l’image était de rendre hommage aux tableaux de bains turcs peints par le Français Ingres au XIXème siècle.

L’Amérique puritaine ne l’entendit pas de cette oreille et interdit l’édition de cette pochette au moment de la sortie du double LP, le 16 octobre 1968.

En conséquence, l’album sortit donc avec la pochette que l’on connaît actuellement, celle du guitariste en plein concert prise par Karl Ferris. La photo floue aux teintes rouges et jaunes sera donc celle qui occupera les bacs des disquaires américains.


 

Cependant Track Records, le distributeur de Electric Ladyland en Europe, accepta l’édition « nue ». Quelques jours après la sortie américaine, le disque inonda alors les platines européennes, malgré le fait que beaucoup de disquaires refusèrent de vendre l’album, quitte à perdre beaucoup de ventes, à cause du caractère « pornographique » de la pochette.

A noter également que dans l’édition originale, on trouve une faute au nom de Jack Casady (crédité Jack Cassidy), membre de Jefferson Airplane et jouant de la basse sur Voodoo Child. Fait amusant, la réédition CD de 1997 a reproduit (intentionnellement ou pas) la même faute d’orthographe.

 

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