H2E : Les plus belles pages de l’Histoire de l’humanité

h2e_bandeau Apocalypse

Vous le savez, nous, Cavaliers de l’Apocalypse, sommes sur Terre pour semer le chaos et la destruction. Néanmoins, les humains semblent se débrouiller très bien tout seuls. C’est ce que l’on peut voir dans la web-série Horror Humanum Est (H2E pour les initiés). Créée en 2015, la série s’amuse à exposer l’humanité dans ce qu’elle a fait de pire, dans de courts épisodes historiques glaçants et grinçants. L’homme derrière cette chaîne Youtube et cette série, c’est Cédric Villain, qui enseigne les arts appliqués et réalise des films d’animation depuis de nombreuses années. Entretien avec un chroniqueur acerbe et désabusé.

 


Plaisir

Vous dites sur votre site ne pas être historien de profession. D’où vient donc cette passion pour l’Histoire, et quelle est votre rapport avec l’Histoire en général ?

Cedric Villain : Je ne suis pas passionné d’Histoire, c’est un domaine qui m’intéresse – j’écoute des émissions, j’achète et lis des livres sur le sujet – mais je ne me considère pas comme passionné. En tous cas pas au point d’être abonné à des magazines ou à aller dans des festivals. Il y a un paquet d’autres sujets qui m’intéressent ; le cinéma d’animation, la bande dessinée, la typographie, le jeu vidéo, les nouvelles technologies… sans que je puisse vraiment hiérarchiser tout ça.

Je dois surtout avouer mon ignorance crasse en la matière, ma série est avant tout un moyen pour moi de faire des recherches et de me cultiver sur des domaines que je ne connais pas. Je suis donc le premier bénéficiaire de ces épisodes. En tant qu’ancien élève moyen, peu passionné par l’histoire telle qu’elle était enseignée, j’ai toujours bien aimé les anecdotes et l’enseignement qui s’attache à la vie quotidienne, à l’aspect pratique des choses.

Joie et volupté

Qu’est-ce qui a inspiré le concept d’ H2E ?

C.V : J’ai réalisé deux courts métrages sur des thèmes historiques : « Portraits ratés à Sainte Hélène » (2008) sur l’exil de Napoléon et « le coût de la colonne » (2011), sur la destruction de la colonne Vendôme par la Commune de Paris. J’ai pensé qu’il y avait dans l’histoire des sujets d’anecdotes courtes, synthétisées, qui se prêteraient à la réalisation d’une série, il me fallait juste trouver un point commun, la violence s’est presque imposée d’elle même, probablement en phase avec une certaine misanthropie et puis le sujet me paraissait suffisamment racoleur – maintenant on dit Putaclic…

Après si je dois parler d’inspiration, je peux citer « Avez-vous déjà vu« , la série de Pierre Alain Bloch qui reste une référence pour moi mais dont je suis loin d’approcher la réussite. La série « le dessous des cartes » aussi, ou des réalisations des studios Donc Voila ou de Mark Baker.


Oui, j’aime PNL

Le ton décalé et cynique de H2E en fait une de ses forces. Mais êtes-vous vraiment cynique et désabusé vis à vis de l’humanité, ou bien cela ne correspond qu’à la direction de la série ?

C.V : Désabusé certainement mais je ne suis pas pessimiste, je suis un optimiste lucide. Ce qui est sur c’est que j’ai eu très tôt conscience du caractère malin, mauvais, de l’homme. Quand vous vous rendez compte que ce qui fait marcher les individus c’est le cul et le fric, vous avez de quoi vous faire du souci. Mais pourtant je sais qu’il y a un potentiel fabuleux dans l’humanité, de grandes choses réalisées, de l’espoir. Mais il me paraissait intéressant de surligner le mauvais, pour rappeler que l’homme a des penchants naturels qu’il faut combattre.

La vie, c’est parfois beaucoup d’emmerdement pour pas grand choses

Dans vos travaux personnels (sur la chaîne Cedric Villain) comme dans H2E, on constate que tous vos travaux recèlent un message souvent politique ou du moins social, et que vous dénoncez des travers de la société passée mais aussi présente : la religion, les pouvoirs politiques, la guerre… Est-ce là la visée première de la série H2E : dénoncer ? Et quelles sont les causes qui vous tiennent le plus à cœur ?

C.V : Je ne suis certainement pas neutre, je suis un homme de gauche, farouchement athée, mais je ne pense pas spécialement militer pour ou contre une idéologie sinon quelque chose d’assez large, un humanisme un peu gnan-gnan. Je garde une certaine réserve mais je ne suis pas très à l’aise pour soutenir mes films les plus engagés (« l’ivresse de l’ignorance » ou « lait, caramel et chocolat »). Mais ça tient souvent à une distance par rapport à mon propre statut d’individu : qui suis-je pour donner des leçons ou dire ce qu’il faut penser de telle ou telle chose ? Je ne peux qu’exprimer des faits que je connais, mon objectif principal s’il y en a un c’est de divertir, par la forme et le fond… je ne cherche pas spécialement à donner de leçons.

Vous aussi vous trouvez qu’on est trop nihilistes ?

Pourquoi avoir choisi ce style graphique au final assez simpliste mais diablement efficace ?

C.V : Pour une raison assez simple : prendre de la distance par rapport au sujet de la violence. Quand on lit des descriptions de supplices comme celui de la roue par exemple on est frappé par la cruauté et l’horreur : membres cassés, os qui percent la peau, hommes qui sont réduits à l’état de poupées démantibulées sanglantes et hurlantes. Pour montrer le supplice sans se complaire dans une représentation de l’abomination, des personnages simplifiés me semblaient préférables pour voir les choses avec une certaine objectivité, sans la fascination du macabre.


C’est vachement violent ce truc, que fait le CSA ?

Représenter des personnages toujours identiques, sans bras, simples, permet aussi d’éliminer les éléments d’identification qui singularisent les individus, un arabe, un européen, un aztèque… ils ont tous la même forme et sont remis dans leur statut d’individu agissant.

Enfin il est souvent délicat de trouver des images ou de la documentation sur des périodes passées : décors, costumes… les traiter simplement permet d’éliminer un peu de cette complexité. Mais pour autant je me documente et cherche à faire en sorte que les designs des accessoires (armes, uniformes, véhicules, architecture…) soient conformes à l’époque que je traite. Accessoirement ça facilite aussi le travail d’animation.

Retrouvez sa conférence au sujet de de cet aspect graphique en cliquant ici

Incroyable du cul

Au fond, n’êtes-vous pas comme nous un prophète de l’Apocalypse avec la chaîne H2E ?

C.V :Prophète non, mais si on considère l’apocalypse comme la période de révélation qui fera passer les justes dans le paradis et les damnés en enfer, j’espère que ma série permettra de relativiser les concepts de bien et de mal. En gros devant la difficulté à cerner l’un comme l’autre vu comme ils ont varié selon les époques, le plus sage serait de remettre le jugement ou de verser tout le monde soit au paradis soit en enfer.

Mais comme disait je ne sais plus qui : si je meurs je veux aller en enfer, tous mes amis y sont !

Ceci est un message subliminal

Pour conclure, quel avenir pour H2E ? Avez-vous d’autres projets artistiques du même type (ou non) en cours ou à venir ?

Pour moi l’avenir de la série sera sa fin. J’ai assez hâte de la voir se finir parce que je porte ce projet depuis bientôt six ans, ça me prend beaucoup de temps et d’énergie pour un gain tout ce qu’il y a de relatif. J’ai évidemment d’autres projets, certains documentaires, d’autres de fiction, je me laisse porter et je verrai bien déjà l’an prochain si je parviens à mettre un point final à ce projet là et comment je le ferai.


Bravo M. Villain

L’Interview Apocalypse

Bien sûr, nous n’allions pas laisser un héraut de l’Apocalypse comme Cédric Villain échapper à notre interview Apocalypse. Nous espérons donc que vous apprécierez ses conseils pour vivre la fin du monde avec panache.


Tirebouchon

Quel serait le dernier film que vous verriez avant la fin du monde ?
Le sens de la vie, des Monty Python (techniquement Terry Jones et Terry Gilliam à la réalisation)

Quel serait le livre que vous emporteriez avec vous lors de l’Apocalypse ?
Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline

Quel repas du condamné choisiriez-vous avant la fin ?
Un risotto aux truffes ?

Peut-on voir des signes précurseurs d’une Apocalypse dans le monde d’aujourd’hui ?
Oui : la disparition des croix sur les pots de yaourts grecs.


En compagnie de qui l’Apocalypse serait-elle plus douce ?
Ma femme et mes enfants j’imagine mais j’ai peur de les voir souffrir, je crois que je m’arrangerai de ma simple compagnie, mais si je voulais un peu de conversation j’aurai aimé Umberto Eco. Il est déjà mort mais l’Apocalypse commencera bien par la résurrection des morts, non ?

A quoi ça ressemblera, l’Apocalypse ?
Je ne sais pas et j’aimerai bien être surpris, j’espère que ça ne ressemblera surtout pas à Doom, le jeu vidéo, c’est tout.

Un dernier conseil à vos fans pour vivre dignement l’Apocalypse ?
Regardez le Sens de la vie des Monty Python !

Conquête, Guerre, Famine, Mort : Quel Cavalier de l’Apocalypse êtes-vous ?
Je suis trop massif pour être Mort ou Famine, trop couard pour être Conquête ou Guerre. Je crois que je serais plutôt un des chevaux. Celui de Guerre, il doit être bien nourri…


On apprécie ce genre de réponses

Alors vous aussi, allez apprécier les actions grandioses de vos congénères, et retrouvez la série dans son intégralité en cliquant ici.

Et rendez-vous également sur le site pour plus d’informations sur les anecdotes historiques de la série.