Undercover – Celles qu’on a pas eues de Roland Topor

Undercover, c’est l’histoire d’une affiche ou d’une pochette de disque qu’Apocalypse vous raconte, avec tous ses détails croustillants. Cette semaine, intéressons-nous à un des personnages les plus controversés de la culture française : Topor et à son affiche du film Celles qu’on a pas eues.


Le Foutre !

Figure de la contreculture française des années 70, Roland Topor a toujours dérangé par ses thèmes déviants et dérangeants. Sa passion pour les excentricité et le politiquement incorrect lui fut toujours reprochée, et son oeuvre colossale reste encore aujourd’hui méconnue du grand public malgré ses influences indéniables sur les iconographies de nombreux genres, de la science-fiction à l’érotisme.

Plus connu pour son film La Planète Sauvage de 1973, Roland Topor est un dessinateur et un scénariste reconnu, un écrivain et un compositeur. Celui qui se définit de profession « culture » est donc très polyvalent, et très apprécié dans tous les domaines par une certaine intelligentsia de l’époque. Ancien d‘Hara-Kiri, ami de Jodorowsky, de Peter Fleischmann et de Fernando Arrabal, Topor reste très mal vu en France, souvent censuré, critiqué pour ses thèmes malsains et torturés. Il n’en est donc pas à son coup d’essai lorsqu’il dessine pour Pascal Thomas l’affiche tendancieuse de son film Celles qu’on a pas eues.

L’affiche sera d’abord refusée par le CSA, qui dans un second temps reviendra sur sa décision à la condition que l’affiche soit imprimée en noir et blanc. Mais face à cette affiche jugée obscène, tous les afficheurs ainsi que L’Officiel des Spectacles refuseront cette affiche qu’ils jugeront obscène et dérangeante.

Pourtant, à voir cette affiche, on peut se demander ce qui peut choquer, même en 1981. Topor et Pascal Thomas ne s’expliquent cette interdiction, et lutteront jusqu’au bout pour la garder. Une version alternative de l’affiche sera malgré tout exposée, présentant des images du film, mais celle-ci ne parait pas réellement moins licencieuse.

Pour Topor, qui est fin analyste et un brin ironique, la censure de son dessin viendrait du ventre qui est un peu bombé. Cela serait donc pour les censeurs une référence à la mère :  Celles qu’on a pas eues serait donc selon lui un appel implicite à l’inceste et à la réalisation du complexe d’Œdipe.

Pascal Thomas raconte lui qu’il avait demander à Topor une illustration stylisée de Blanche Neige, qui représente la première femme qu’on ne peut pas avoir étant enfant, et qui échappe à ces sept nains qui font tout pour avoir ses faveurs mais ne les ont jamais. Celui-ci, conscient du danger de représenter sept hommes pour une seule femme, n’aurait donc dessiner qu’un seul nain, d’où cette curieuse affiche, qui témoigne malgré tout de l’iconographie érotique et provocatrice de Topor.

La censure de cette affiche est donc tout aussi controversée que l’affiche elle-même. Peut-on y voir une censure du personnage dérangeant de Topor ? Si un autre que lui avait dessiné cette affiche, aurait-elle été censurée ? Topor s’était déjà vu refuser deux affiches, une pour le film d’Arrabal J’irais comme un cheval fou, et l’autre pour Dorothea de Peter Fleischmann pour raisons de cruauté, mais cette affiche marque la première fois où on le censure pour obscénité. Cette affaire eut à l’époque un certain retentissement, et l’affiche fut un certain temps très côté chez les collectionneurs.

Quoi qu’il en soit, on ne saurait que trop vous conseiller d’aller voir et revoir La Planète Sauvage et les autre films de Topor, notamment Marquis, remarquable de symbolisme et typique de l’esprit torturé de Topor. On vous invite aussi à jeter un œil à Celles qu’on a pas eues de Pascal Thomas, un savoureux film à sketchs à la française pas encore infectée par les comédies normalisées et fades dont on est aspergé aujourd’hui. Pascal Thomas prépare d’ailleurs une suite avec Audrey Fleurot, José Garcia et Frédéric Beigbeder entre autres. On a hâte !