Le PoinG de Détail – The Misty Mountains Song

JRR Tolkien est le plus grand génie que cette planète ait jamais porté, si on excepte bien sûr Carlos. Son univers étendu est non seulement l’un des plus riches, mais aussi l’un des plus complets et crédibles de l’histoire de la littérature et de la Fantasy. La preuve : c’est lui qui l’a inventé, la Fantasy. Tolkien était un formidable écrivain, linguiste et historien, mais il avait d’autres cordes à son arc. C’est rageant de voir autant de talent en un seul homme mais c’est comme ça. Tolkien fut donc également un dessinateur talentueux, ou encore, c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, un parolier brillant. Dans ce PoinG de Détail, on s’intéressera à l’étonnante histoire de sa chanson la plus célèbre, la Complainte des Monts Brumeux.


Turbo Killer

Ce bon Jean Ronald Reuel écrivait en effet quantité de chansons, qu’il a en partie inclus dans ses écrits. Spécialiste de poésie médiévale et de mythologie scandinave et anglo-saxonne, il mêle, encore étudiant,  ses connaissances pour écrire divers poèmes à la manière des rimes chantées du Moyen-Age, notamment Le Voyage d’Éarendel, premier écrit canon de la mythologie des Terres du Milieu. La poésie chantée aura toujours une grande importance dans son univers. La majorité de ses poèmes sont compulsés en un recueil : Les Lais du Beleriand, nommé d’après les traditions des troubadours.

Terrible du cul

 

C’est dans Le Hobbit qu’on trouve la grande majorité du répertoire chansonnier de La Terre du Milieu. Dans ce conte prévu à la base pour ses enfants, Tolkien donne une place importante à la musique et aux chansons par l’intermédiaire des nains. Chacun d’entre eux joue d’un instrument précis, présenté lors de leur première arrivée chez Bilbo, qui témoigne de la personnalité de chaque nain. Ils chanteront à de multiples reprises au fil du voyage, tantôt sur des thèmes dramatiques, tantôt sur des sujets comiques. Les autres personnages ne manqueront pas de pousser la chansonnette, et on retrouve dans le livre des couplets récités par les elfes, Bilbo, Gollum et même Gandalf. La plupart de ces chansons seront laissées de côté dans leur adaptation filmique controversée par Peter Jackson, malgré le travail musical remarquable d’Howard Shore.

Dans Le Seigneur des Anneaux, la place de la musique est moins marquée, même si on retrouve certaines chansons. Elles sont cette fois bien restituées dans la trilogie de Peter Jackson : Gandalf chantant des rimes naines en arrivant à Hobbitebourg, Aragorn murmurant à la nuit les couplets de la Dame du Tièn, Eowyn honorant les rites funèbres de son cousin Theodred et j’en passe. Toutefois, malgré la colossale BO de Howard Shore (si vous n’avez pas pleuré sur le violon qui accompagne la charge des Rohirrims dans Le Retour du Roi, vous êtes des monstres sans cœur), celui-ci laisse peu de place aux paroles dans sa musique. La chanson la plus célèbre des deux trilogies, et de l’oeuvre de Tolkien en général, reste donc le Chant des Monts Brumeux.

 


J’ai chialé encore putain

The Misty Mountains Song intervient au début du roman, après les couplets comiques de « Break the Forks ». Les nains, solennels, chantent leur or et leur montagne perdus,  et annoncent leurs intentions de les reconquérir. Tolkien joue magnifiquement avec la langue anglaise dans ce long poème chanté, inversant l’ordre des mots, mélangeant archaïsmes et argots divers pour mettre en valeur l’importance des paroles pour ses personnages.

 

 

Dans son adaptation, Peter Jackson restitue la situation du roman avec justesse. La mise en musique de ces vers par Howard Shore est très puissante, lente et grave. Même si les nains ne jouent pas ici de musique, leurs chœurs gutturaux transmettent une version de la chanson qui ne peut que nous faire frissonner, même si les nains ne chantent que deux des vint-six quatrains écrits par Tolkien. Par ailleurs, les nains laisseront de côté le chant après cette introduction chez Bilbo, et seule « Break the Forks » qui précède la Complainte des Monts Brumeux est présente dans la trilogie, parmi toutes les chansons du livre (on notera quand même la superbe chanson originale chantée par l’acteur de Pippin Billy Boyd sur le générique du dernier film de la trilogie).


 

 

Néanmoins, Peter Jackson n’est pas le premier à adapter Le Hobbit. En 1977, NBC reprend le conte de Tolkien pour en tirer un téléfilm d’animation pour les enfants, qui est à l’époque le téléfilm d’animation le plus cher de l’histoire. Celui-ci donne la part belle à la musique et aux chansons écrites par Tolkien, parmi lesquelles se trouve bien sûr la célèbre Chanson des Monts Brumeux, mise en musique par Maury Laws. Cette version, plus saccadée et colorée de la musique des nains, restitue moins la solennité de la chanson, mais plus sa dimension épique. Les voix des nains sont plus claires, et les instruments qui ponctuent les couplets donnent à cette chanson un aspect plus enfantin, qui correspond mieux au public ciblé. Les deux versions ont donc leurs avantages et leurs inconvénients, et rendent à leur manière justice à leur auteur originel.


 

Et que dire alors de cette version pour la télévision russe de 1985 ? Outre les nains en k-way, la musique elle-même rappelle plus les chœurs de l’Armée Rouge que les descendants de Durin, mais est-ce bien grave ? On retrouve une dimension à la fois grave et épique que porte étonnamment bien la langue russe, mais les couleurs criardes, les barbes postiches et les effets spéciaux dignes d’un téléfilm ougandais nuisent à la puissance du message de la Complainte des Montagnes Embrumées. Quant aux paroles, excusez-moi mais je ne parle pas russe, il vous faudra donc vous trouver un interprète pour vous forger un avis. Cependant, cette adaptation du Hobbit toute entière oscille entre le malaise et le fou rire, et cette chanson-là est sans doute la moins grotesque.


Roller Mobster

Alors : quelle version vous aura le plus convaincu ? Je vous laisse y méditer, et vous livre en guise de dessert l’excellente version de la chaîne Clamavi de Profundis, spécialisée dans la mise en chansons des paroles de Tolkien. Régalez-vous !