Undercover – Amorica de Black Crowes

Undercover Amorica Apocalypse

Un corps féminin, un drapeau américain et des poils pubiens. Amorica, Fuck Yeah. Sans trop de surprise, l’Amérique puritaine censure la pochette du groupe d’Atlanta, donnant au passage un sacré coup de pub à un album qui aurait probablement sombré dans les méandres du rock sans cela.


Dès leur premier album, Shake Your Money Maker en 1990, The Black Crowes s’impose comme la relève de Foghat, des Allman Brothers ou des Lynyrd Skynyrd. Le rock sudiste du groupe séduit le public, et l’album sera certifié 5 disques de platines aux USA, restant encore à ce jour l’album le plus vendu du groupe. Rolling Stone magazine les nomme « meilleur nouveau groupe américain », rien que ça.

Deux années plus tard ils enchainent avec The Southern Harmony and Musical Companion qui ne connaitra pas le même succès que son prédécesseur. Pour cause, l’album est moins abouti : le groupe mené par les frères Robinson reste bloqué dans l’ombre de leur premier succès.


Le groupe se remet totalement en question, et décide l’année suivant cet échec commercial d’entrer en studio à Hollywood. Les sessions d’enregistrement durent presque 5 mois, et à l’issue de celles-ci, l’album qui devait s’appeler Tall ne sortira jamais, les frangins Robinson étant insatisfaits du résultat. Ils retournent donc en studio pour refaire entièrement ce qui deviendra leur troisième album, le titre sera par la même occasion changé en Amorica.

Sorti en 1994, le très stonien Amorica se distingue des deux précédents opus par un calibrage moins radiophonique et une production beaucoup plus brute. Percussions à la « Sympathy for the devil », harmonica country et guitares slide, The Black Crowes jouent ici la carte de l’expérimentation sans jamais trop s’éloigner de leurs promesses de base : faire du blues-rock efficace et accessible à tous. Mais ayant reçu un accueil par la presse spécialisée plutôt mitigé à sa sortie, la jaquette volontairement provocante n’arrange pas les choses.

Empruntée à la couverture d’un numéro du magazine pornographique Hustler de Juillet 1976, l’illustration représente l’entrejambe d’une femme portant un string duquel dépassent des poils pubiens. Le persil qui dépasse du cabas, on n’aime pas ça outre-Atlantique, surtout quand le cabas en question n’est ni plus ni moins que le drapeau de l’oncle Sam.

Tout comme Electric Ladyland de Hendrix, la couverture jugée indécente sera absente des bacs à vinyles de nombreux disquaires, et même boudée par de nombreux distributeurs. Et ce qui devait arriver arriva, la pochette sera finalement censurée quelques semaines après la sortie de l’album. Le corps féminin disparaît au profit d’un fond noir censé cacher toute ambiguïté, mais qui gâche tout l’intérêt de la photo.

Mais très vite le groupe reprend du poil de la bête en voyant leurs ventes d’album décoller : les médias généralistes s’étant emparés de l’affaire, la pochette devient culte. Le public apprécie autant le contenant que le contenu, et le disque s’écoulera à 500 000 exemplaires. Une censure qui tombe pile poil et qui donne un sacré coup de pub à un groupe qui commençait dangereusement à sombrer dans l’oubli.

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