Le Top Trumps : La bataille, mais en bien

Y a-t-il un jeu de société plus chiant que la bataille ? Cet enchaînement de plis sans conviction, où tout dépend du hasard, et où tout le monde finit par tricher pour que s’arrête enfin ce calvaire. Avoir un jeu de cartes et faire une bataille, c’est comme vouloir jouer d’un instrument et se mettre au triangle : le summum de la paresse ludique, qui va forcément mener aux rires nerveux, et à un ennui suicidaire inévitable. Les anglais, toujours plus forts que nous dans le domaine de la bataille, ont trouvé la parade rêvée pour allier règles simplissimes et divertissement convenable : le Top Trumps.


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Ce traumatisme tragique qui marque à jamais la vie d’un homme, tous l’ont vécu. Vous êtes de garde avec un jeune enfant, un petit bambin mignon et innocent. Votre fils, votre petit frère, votre petit cousin, que sais-je. Malgré une antipathie certaine à l’égard de cet ersatz d’être humain, vous vous laissez attendrir par ses mimiques et ses délires grotesques. Vous allez même jusqu’à proposer de jouer avec lui. Et là, la sentence tombe  » Oh oui ! on fait une bataille siteuplé siteuplé siteuplé ! ». Seul un self-control digne du Dalaï-Lama pourra vous empêcher de jeter le doux Kevin par la fenêtre et on vous comprend.

La seule personne dont vous pourrez espérer le salut à ce moment-là est Brian Jarvis. Fondateur de Dubreq Studios, son entreprise n’en est pas à son premier coup de génie en 1978, puisqu’elle est connue principalement pour avoir inventé le stylophone. Pourtant, cette percée musicale est un bolet rachitique par rapport au champignon nucléaire que crée le nouveau bijou de Dubreq : le Top Trumps.

 

Le principe du jeu est simple, chaque joueur pioche une carte. Sur chaque carte sont inscrites cinq ou six valeurs qui correspondent aux caractéristiques de la carte. le joueur qui a la main choisit une de ces valeurs, puis les joueurs révèlent leur cartes : celui dont la valeur choisie est la plus haute remporte le pli, et le joueur qui récupère toutes les cartes a gagné. C’est simple, c’est un peu comme la bataille. Sauf que c’est marrant.

 

C’est marrant parce que chaque carte a cinq  valeurs. Une carte de Top Trumps n’aura donc jamais l’influence  sur le jeu que peut avoir un joker à la bataille, signe d’une victoire à venir qui sera assurée, mais lente et douloureuse. D’autre part, un paquet de Top Trumps contient trente cartes, ce qui raccourcit considérablement la durée des parties. Enfin chaque paquet de Top Trumps a un thème. Les thèmes de Top Trumps sont innombrables, des Simpsons à Star Wars en passant par les hélicoptères, la Reine des neiges ou les pharaons d’Egypte.

 

Dans une logique financière novatrice pour le début des années 80, les enfants sont donc invités à collectionner les divers Top Trumps. Le jeu va cartonner outre-Manche, et son succès continuera bientôt de s’étendre internationalement. Les thèmes vont se diversifier, les cartes collectors se multiplier, et le phénomène s’amplifier.

 

Aujourd’hui, Top Trumps est commercialisé en France sous le nom infâmant de « jeu de bataille ». La licence appartient à Winning Moves, l’entreprise qui possède entre autres le Cluedo, le Monopoly et le Trivial Pursuit. Le paquet le plus rare, l’édition limitée spéciale Mariage du Prince William, s’échange à plus de cent livres. Inutile de vous dire que c’est du lourd, et que le succès des Top Trumps ne semble pas vouloir s’arrêter. Alors, la prochaine fois que vous êtes ivres et que vous voulez faire une strip-bataille entre copines pour passer le temps, pensez malin, pensez Top Trumps.

Vous pouvez d’ores et déjà explorer les possibilités de jeu sur le site officiel des Top Trumps.

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