Undercover – IV de Led Zeppelin

Undercover Led Zeppelin Apocalypse

Est-il encore nécessaire de présenter Led Zeppelin ? Considéré comme les pionniers du hard rock, le groupe originaire de Londres compte plus de 300 millions d’albums écoulés à travers le monde, dont 37 millions pour IV, ce qui en fait l’un des disques les plus vendus de tous les temps (derrière Meat Loaf, ça craint). En plus d’être indispensable au patrimoine culturel mondial, ce quatrième opus, grâce à sa pochette, reste encore à ce jour le plus enclin à l’interprétation.


 

“Stairway to Heaven”, “Black Dog”, “When The Levee Breaks” etc… Le 8 novembre 1971, Led Zeppelin venait d’accoucher d’un classique. Enregistré dans un vieux manoir hanté du Hampshire, l’album (en plus de se vendre plutôt bien) se classera en tête des fameuses listes des « meilleurs albums de tous les temps » de Rolling Stone Magazine ou Pitchfork. Pourtant à l’époque, Atlantic Records, leur label, ne prédisait pas une réussite commerciale évidente.

Recto et verso de IV

 

Lorsqu’on regarde la pochette, on est d’abord étonné de voir que ni le nom du groupe, ni le nom de l’album n’est mentionné sur le disque, ni même sur la tranche. « Nous avons décidé de minimiser délibérément le nom du groupe sur le quatrième album, et qu’il n’y aurait aucune information, quelle qu’elle soit, sur la jaquette extérieure. Les noms, les titres et tout ça, ça ne veut rien dire » explique Jimmy Page, le guitariste surdoué du groupeEn effet, après l’accueil plus que médiocre qu’avait émis la critique au sujet de leur précèdent opus III, Page décida que l’album suivant de Led Zeppelin n’aurait pas de titre, voulant prouver aux journalistes que le groupe pouvait vendre des disques sans avoir besoin de s’appuyer sur une grosse campagne publicitaire. L’album fut l’un des premiers à être produit sans identification conventionnelle. Même s’il est maintenant commun de voir des pochettes sans titres, ce suicide commercial était à l’époque très controversé, notamment par certains cadres d’Atlantic Records.

Au recto de la pochette, on y voit le portrait d’un vieil homme appuyé sur sa canne, courbant le dos sous un lourd fardeau. Il s’agit en fait d’une vieille gravure dénichée par Robert Plant chez un brocanteur de Reading. Lorsque l’on déplie le vinyle, on s’aperçoit que la gravure en question est accrochée à un mur en ruines derrière lequel apparaît un immeuble moderne. Led Zeppelin est-il donc le dernier bastion d’un passé révolu ?

Pochette intérieure dépliée de IV

 

On découvre une nouvelle piste d’interprétation à l’intérieur de la pochette : réalisé par Barrington Colby, le dessin représente un vieillard qui se tient au sommet d’une montagne rocheuse, s’éclairant à la lanterne. Ce personnage ressemble trait pour trait à l’Ermite, la neuvième carte du jeu de tarot, symbolisant (entre autres) la sagesse, la méditation, la quête de la vérité, la confiance en soi, mais aussi la solitude. L’album serait-il un îlot de sagesse dans un monde où tout fout le camp ? Connaissant l’interêt de Jimmy Page pour les sciences occultes ou l’alchimie, IV est-il l’équivalent moderne d’un vieux grimoire dans lequel un savoir ancien serait dissimulé ?

Livret de IV

 

Le livret de l’album comporte lui-même son lot d’ésotérisme. En plus d’accentuer le côté grimoire avec cette police datant du 19ème et d’être le premier endroit où apparait le nom des morceaux, c’est ici que se présentent pour la première fois les symboles à la fois mythiques et mystiques qui ont suivi le groupe jusqu’à aujourd’hui : les runes.

Les runes de Led Zeppelin

 

Les 4 runes sont censées représenter (de gauche à droite) Jimmy Page, John Paul Jones, John Bonham et Robert Plant, et ont été choisies par leurs soins. Mais leurs interprétations sont encore maintenant propices aux débats.

La rune de Jimmy Page est la plus complexe à analyser, et elle offre bon nombre d’interprétations. Bien qu’il soit appelé « Zoso », le symbole ne représente pas des lettres. Il est issu de l’Ars Magica Arteficii, un ancien grimoire d’alchimie, où il s’agit d’un sceau composé de signes du zodiaque, le « Z » représentant le signe du Capricorne, signe astrologique de Page.

La rune de John Paul Jones symbolise une personne confiante et compétente. Elle est décrite dans plusieurs ouvrages traitant de runologie et a été utilisée autrefois par la Rose-Croix (une société secrète du 17ème siècle, successeur des Templiers).

Le symbole de John Bonham, les trois cercles entrelacés, représente la trinité père-mère-enfant, mais on peut aussi le voir comme une batterie vue de dessus. Il représente également le logo d’une marque de bière particulièrement prisée de Bonham. Connaissant le personnage, cette dernière interprétation semble la plus plausible.

Enfin celui de Robert Plant est une plume enfermée dans un cercle. La plume de Maât (une déesse égyptienne) qui représente la vérité, la justice, l’équité et l’écriture, à l’intérieur d’un cercle continu représentant la vie.

Et comme si c’était pas assez compliqué, toutes les runes ont des interprétations sataniques, dans la grande tradition du rock’n’roll. Le « S » de « Zoso » représenterait ce bon vieux Satan, et les deux « O » liés par un trait les hommes assujettis au prince des ténèbres. Le second logo serait en fait un trèfle de la trinité Satanique inséré dans un cercle d’envoûtement, le troisième serait quant à lui une trinité ésotérique : la terre, l’air et le feu. Quant à la plume enfermée dans un cercle, elle serait le symbole du pacte avec le diable. Celui qui a signé le pacte avec la plume se retrouve protégé à l’intérieur d’un cercle.

L’un des meilleurs sons de batterie de tous les temps, merci John Bonham

 

Autant vous dire que cet album, et cette pochette, ont fait couler beaucoup d’encre jusqu’à aujourd’hui, la preuve ici-même. Mais finalement, ne serait-ce pas ça la preuve d’une pochette réussie ? En forgeant une légende autour de cet album, Led Zeppelin a réussi à transcender sa musique en offrant de la profondeur et des pistes de réflexion à celle-ci. Définitivement un disque incontournable, indémodable et indispensable.

 

 

 

Tag(s) associé(s):