Les Archives de l’Apocalypse – Juillet

Archives Juillet Apocalypse

La chaleur assommante de ce mois de juillet a quelque peu ralenti l’Apocalypse. Pourtant nous ne couperons pas à vous proposer notre sélection culturelle du mois, car entre deux bains de soleil on a eu le temps de voir et d’entendre quelques trucs intéressants. Au programme : une Fraize, Alice aux pays du Bad Trip et une Orange.


Au Poste !
Quentin Dupieux

Quatre ans après le très surprenant et très frappant Réalité, Mr Oizo alias Quentin Dupieux revient sur nos écrans en bien belle compagnie : Benoit Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaîs Demoustier, Orelsan ou encore Philippe Duquesne accompagne le réalisateur le plus perché du cinéma français pour sa nouvelle création : Au Poste ! Au programme, un interrogatoire serré d’un suspect, tard dans la nuit, véritable duel de volonté entre le flic et le criminel potentiel. Fugain parviendra-t-il à prouver son innocence au sévère commissaire Buron ? Ou a-t-il en fait des cadavres inavoués dans le placard ? Ce huis-clos respire les effluves exotiques du cinéma de Dupieux, tout en laissant au spectateur la possibilité d’entrer dans son univers. Sympathique et drôle, le film n’en est pas moins intelligent et astucieux, jonglant avec l’absurde et le comique tout en maintenant le spectateur en haleine tout au long du film, et ce jusqu’au twist final, mais est-ce vraiment un twist? A vous d’en juger. Porté par un casting talentueux, on appréciera donc ce nouveau film de Mr Oizo qui séduira autant les puristes du réalisateur que les néophytes. Mention spéciale pour l’introduction en slip sur du Bernstein et la performance proprement fabuleuse de Monsieur Fraize, qui nous amène encore à nous demander comment ce gars brillantissime n’a pas percé plus tôt. Un film que nous conseillons vivement, parce qu’il est vraiment cool, c’est pour ça ! 

Guerre


Theme for a Dream
Natureboy Flako

C’est un peu circonspect que je découvre le nouvel album de Natureboy Flako. Le précédant m’avait amené à la conclusion que le jeune homme était sans doute le fils de Iglooghost et Boys Noize avec comme parrain Bonobo. Mais cet album vient très fortement changer la donne. En effet, adieu le turnup incandescent d’une cave berlinoise, et bienvenue dans une musique onirique et planante. Comme le laisse suggérer le titre de l’album, nous partons dans les contrées du rêve, à la recherche d’une musique qui transportera nos songes vers les limbes du cauchemar ou bien vers la lumière exaltante de l’épiphanie créatrice. Mais trêve de formule, parlons musique. L’inspiration évidente revient de droit aux délires expérimentaux des pionniers de la musique électronique. Il se dégage une puissante force psychédélique qui nous plonge dans un univers original que n’aurait pas renié Yellow Magic Orchestra ou Kraftwerk. Le synthé 70’s sous LSD nous rappelle sans cesse que cet album, comme une capsule temporelle qui nous saute à la gueule, vient tout droit d’une dimension parallèle où Mort Garson aurait appris les meilleurs sons d’Aphex Twin. Cette ambiance onirique mélangée surprenamment avec un gros beat Trap nous donne cette impression inquiétante de délire sans fin. Et cela vient se conjuguer aux mélodies aériennes très lumineuses, mais toujours aussi nébuleuses et énigmatiques. Comme Alice au pays du Bad Trip, comme un rêve obsédant en délire pictural de Bosch, cette œuvre à la frontière du temps et de la réalité nous propose le meilleur des deux mondes : une inspiration résolument electronica 70’s, et les rythmes et tendances actuelles pour s’ambiancer toute la night.

Famine


Marlowe
Marlowe

Marlowe. Sous cet alias jusqu’ici inconnu se cachent en fait deux artistes : L’Orange et Solemn Brigham. Le premier est bien connu des amateurs d’Abstract Hip-Hop. Depuis 2011, le producteur de Seattle L’Orange abreuve la scène rap underground U.S. d’instrumentales bricolées à partir de samples empruntés au jazz et au swing des années 40. L’univers quasi-cinématographique que l’artiste développe depuis des années s’agrandit à vue d’œil, et n’hésite pas à intégrer aujourd’hui des inspirations filmiques, western sur “Palm Readers” ou Blaxploitation sur “Medicated”. Grand habitué des albums collaboratifs (notamment avec des rappeurs comme Stik Figa, Jeremiah Jae, Kool Keith ou encore Mr Lif), ce projet-ci ne déroge pas à la règle puisque c’est en la personne de Solemn Brigham qu’il trouve un nouveau partenaire de jeu. Ce dernier quant à lui est parfaitement inconnu des services de police du rap game. A part une courte apparition sur le précèdent LP de L’Orange sorti l’année dernière, Brigham sort de nulle part. Mais de toute évidence, ce qui lui manque en notoriété, il le rattrape en talent. L’homme possède un flow à toute épreuve, qui varie à chaque nouvelle piste : un phrasé lent et paresseux sur “Demonstration”, des accents ragga sur “Tales from the East” ou encore une énergie qui rappelle celle des Beastie Boys sur “Mayday”. Ces changements de flow deviennent encore plus impressionnants lorsque l’on se penche sur les paroles, rien de bien révolutionnaire sur le fond, mais remplies de métaphores, d’assonances, d’allitérations et de jeux de mots. Marlowe démontre à quel point ce duo est en totale alchimie. Les productions brumeuses et poussiéreuses sont sublimées par la prestation explosive du emcee. En résumé, L’Orange rajoute un album réussi à sa longue discographie, et Solemn Brigham est maintenant dans la liste des rappeurs américains les plus prometteurs de la décennie.

Conquête