Apocalypse au RPGers 2018

RPGers Apocalypse

De nombreux événements sont des incontournables du jeu de rôle et du jeu de société. La GenCon d’Indianapolis, le Spieletage d’Essen, les FIJ de Cannes et bien d’autres encore. Et pour beaucoup, le festival RPGers fait pleinement partie de cette liste. Rendez-vous historique du jeu de rôle du sud-ouest et français en général, cette convention réunissait comme chaque année jeux de rôles, jeux de plateaux, jeux en bois, jeux videos, jeux rétros, Grandeur Nature, Airsoft, Murder Party, jeux de pistes… En gros, si vous vouliez jouer le week end du 25 Août, c’était là. Apocalypse s’y est rendu pour sa XXIème Edition, et vous propose un récit au cœur de l’action, un reportage choc de Guerre, avec la participation de Famine, des 5000 autres festivaliers, du thé à la menthe et de l’ami Cthulhu, toujours là pour nous chercher des noises.


 

Putain on est déjà jeudi. Comme chaque année, mes scénars ne sont pas prêts. Enfin, si, mais mon Blacksad mérite quelques retouches. Il faut rajouter des embrouilles dans l’intrigue, trop linéaire à mon goût. Le reste fera l’affaire, je maîtrise des parties courtes cette année. Déjà que j’ai dû réécrire trois nouveaux scénars parce que Famine vient. Conquête et Mort sont bloqués au travail, et La Paukalypse visite les contrées de l’Albion. Ce sera donc un raid en duo au festival. Mon septième RPGers déjà. Première convention pour Famine, ça ne promet que du bon. Je termine les détails manquants, et voilà mon acolyte qui arrive déjà. On se met en jambe dans la soirée avec une petite partie d’Abyss. J’arrive plus à me souvenir qui a gagné, je crois que c’est mon frère, ce qui expliquerait que ma mémoire ait effacé ce détail. On se couche tôt vu que le sommeil risque de manquer sur ces trois jours de festival. Je laisse à Famine mes BD de Blacksad, histoire qu’il connaisse quand même un peu l’univers, vu qu’il est censé jouer dessus samedi.

Jour 1  

Bon comme prévu, personne n’a bien dormi. l’excitation de la conv, l’alignement de Saturne et de Neptune, ou quelque malédiction indienne nous aura privés d’un repos correct. On arrive donc à 10H sur les lieux avec la tête dans le cul : l’Apocalypse s’annonçait corsée. On se dirige vite autour du sacro-saint coin jeu de rôle, où nous allons virtuellement passer tout le festoche. Apparemment, on était déjà passé par là, parce que d’entrée de jeu, c’était l’Apocalypse ici aussi. Farceur, le logiciel chargé d’enregistrer les parties de jeu de rôle avait décidé de reboot au petit matin : tous les préinscrits étaient donc effacés. Un parfum de misère planait sur les joueurs sans tables et les MJs désœuvrés, pendant que les orgas s’arrachaient les cheveux. Il faut dire que le Maître du coin jeu de rôle, Sire Pablo, avait décidé, après 20 ans de bons et loyaux services, de s’offrir une année sabbatique amplement méritée. Le chaos régnait donc (pour notre plus grand plaisir), mais nous étions confiants et valeureux, prêts à jouer malgré la fatigue. Après une heure de queue, l’enthousiasme commençait à s’éroder, il faut bien l’admettre. Famine, après avoir chantonné Kim Kay jusqu’à la folie, avait fini par dégoter une partie pour l’après-midi. Heureusement, je retrouve un nombre incalculable de copains de festival, tous ces gens que je connais depuis bientôt dix ans et que je ne vois qu’une fois par an, ici-même. Finalement, je parviens à poser mes tables, je vérifie nos inscriptions, je jette un sandwich à la saucisse à Famine déjà en pleine partie et je m’installe à ma table.

J’ai réservé à mes joueurs du jour en guise de mise en bouche du festival un scénario de la Compagnie des Glaces, à mi-chemin entre le huis-clos pesant et l’action musclée, dans l’ambiance glaciale post-apocalyptique des romans de GJ Arnaud. Quatre braves joueurs se joignent à ma tablée : Alex et Lucas, mes comparses de toujours à qui je maîtrisais déjà des versions papier de Morrowind au collège, Florent, mon tout premier MJ de mon tout premier RPGers, qui me fit découvrir et tomber amoureux de Lovecraft et de Delta Green, et Lewellane, un des MJ les plus reconnus du festival, en vacances de mejeutage cette année. Une bien belle équipe, chargée de récupérer un prototype de bombe aux mains d’idéalistes rebelles. Après un nombre incalculable de plans foireux mais brillants, la mission est accomplie sans trop de casse, à part ce bon vieux Bill dont la cervelle macule la neige de Hourglass Station, mais il faut par convention qu’un Bill meurt dans chaque scénar de JDR. Une bonne partie, une belle mise en jambe pour la soirée qui nous attend.

Je retrouve Famine, lui-même très satisfait de sa partie d’Emysfer, et nous nous rendons à la superette du coin pour acquérir Redbull et autres vivres pour tenir le week end. Après un frugal repas de festival, nous attendons impatiemment notre prochaine partie. Nous avons en effet une partie de Cthulhu dans le Japon médiéval de prévue, avec ni plus ni moins que le grand Shendor derrière l’écran de MJ. Ne voyant rien venir après plus d’une heure d’attente, l’inquiétude nous vient : Shendor, déjà à la baguette sur d’autres parties depuis le matin huit heures, aurait-il succombé à la fatigue, mettant ainsi fin à la réputation inaltérable d’une des plus grandes légendes vivantes du jeu de rôle français. Bien sûr, il rejoignit la table à l’heure qu’il avait annoncée mais pas notée sur le tableau, prouvant que notre manque de foi était strictement injustifié. À la table avec nous, Alex est resté pour la soirée, et nous sommes rejoints par Sonny, mon seul copain fan de catch, Calint, un ami et habitué des tables de Shendor, et Nico Camiade, l’illustrateur de l’affiche de RPGers. Comme à chaque fois, Famine ne peut pas s’empêcher de prendre le personnage duelliste contre l’avis de la tablée. Pour ma part, je serai Nichiken, samouraï lâche et déchu en quête de rédemption. C’est donc en cette prestigieuse compagnie que nous avons entrepris de nous faire poutrer la gueule sauvagement par Shendor et ses créatures à tentacules. Nos personnages, des Rônins louches aux ordres d’un marchand absolument odieux, se sont fait méthodiquement détruire pendant les huit heures de jeux, tant sur le plan physique par la chance aux dés insolente de Shendor, que sur le plan moral, chacun d’entre nous sombrant dans les abysses de la bassesse humaine, remisant le Bushido entre deux Marc Lévy. L’interprétation de Famine fut d’ailleurs si insupportable que par moments j’ai cru son roleplay dicté par la fatigue, et non une stratégie réflêchie pour être un gros connard sans honneur. Au final, nous périmes sans gloire au fond d’un cachot dévoré par des monstres marins, voire même tué net par un lancer de bureau dans le cas de Famine, battant ses standards habituels de mort ridicule. Une bien belle partie, beaucoup de fun mais peu de gloire ou de réussite. L’avantage de mourir vite fut bien sûr de finir tôt (à 5H30 du matin, tout de même), et ainsi pouvoir s’offrir le montant incroyable de trois heures de sommeil, avant de repartir samedi pour deux autres scénarios endiablés.

Jour 2

Bizarrement, ces trois heures nous reposèrent plus que les six de la nuit précédente, et nous arrivons sur le festival frais et dispos. Je propose à Famine une partie de Dominion pour commencer la journée, qui se finira par une égalité parfaite, avant de rejoindre notre table de l’après midi. Au programme, un scénario dans l’univers de la BD Blacksad maîtrise par votre serviteur, dans l’Alabama profond des années 60. Inutile de vous dire qu’on allait bien se marrer. On retrouve à la table cinq autres joueurs, dont Calint, remis lui aussi de son décès brutal lors de la partie de Shendor, et d’autres vieilles connaissances, la sympathique Kimyou et le bon Torquemada avec qui je partageai bien des parties durant mes années de JDR. Parmi mes personnages pré-tirés, Famine choisit le bluesman crâneur et coureur de jupon. C’était décidément son week end pour jouer les connards. Il s’en rendit d’ailleurs compte, et sacrifia son confort et sa vie tranquille pour permettre au groupe de débloquer l’élément-clé de leur plan pour réussir le scénario, à savoir vingt mille dollars cash. Scénario qu’ils parviennent donc à achever brillamment dans la liesse générale. Mais pas le temps de célébrer, Famine et moi sommes attendus à la table de Petit Cœur pour un Delta Green.

Il est malin Petit Cœur. Sachant que ses joueurs manqueraient de sommeil pour cette quatrième partie du week end, il débute son scénario à 18 heures pour ne pas finir après le lever du soleil. Famine tombe littéralement amoureux de son personnage, un occultiste juif maniant la canne-épée. Quant à moi, je me jette à l’eau et choisit le personnage de chef du groupe, l’agent Vortex. Ma voix commence à me faire défaut, mais je m’accroche. Au programme, une enquête complexe quant à un cuirassé de la Navy semblant effectuer des sauts dans le temps, le tout poursuivi par des organisations gouvernementales carrément malintentionnées. Après neuf heures d’explorations, de courses poursuites et de kidnapping de vieux, le scenar s’achève dans le contentement général. Malgré le décès prématuré d’un des membres du groupe, le mystère de l’USS Elridge semble percé et résolu, au moins pendant les 33 prochaines années. Aux alentours de 4H30, et après quatorze heures de jeu ininterrompues, nous rejoignons donc une nouvelle fois le lit salvateur avant d’achever le festival en fanfare : demain, je maîtrise un Raôul.

Jour 3 

Raôul JDR

Cinq heures plus tard, le contrecoup du manque de sommeil se fait ressentir. Ma voix s’est arrêtée à la partie de Shendor, et le soleil achève d’endormir les esprits fatigués. Mais je ne décevrai pas les aficionados de Raôul, le jeu de rôle qui sent sous les bras, mettant en scène la lie des traditions franchouillardes dites  » beauf ». Famine rejoint encore une fois ma table, manquant d’énergie de découvrir autre chose, au cas où ça serait un peu trop intelligent. Mes joueurs semblent fatigués, et ne connaissent pas Raôul. Mais l’idée d’exacerber la bêtise humaine pendant plusieurs heures les enthousiasme beaucoup. Désœuvré, Sonny nous rejoint également, et le récital peut commencer. Avec un scénario écrit sur un post-it, ma bande de Raôuls invétérés a tenu 4 heures au son de Michel Sardou et de la Zoubida, se répandant en déclarations qui feraient passer Henri de Lesquen pour l’Abbé Pierre et Mickaël Vendetta pour Hubert Reeves. Cette partie fût un chef-d’oeuvre à tous les niveaux, et les habitués du camping d’Utabiche réussirent sans mal à expulser les nouveaux venus belges de leur précieux lieu de vacances. Ma contribution fut extrêmement minime, à tel point que d’autres festivaliers, attirés par les fous rires de la table, jouèrent une partie de mes PNJ à ma place. Après ce grand moment de jeu de rôle, Famine et moi allons achever ce festival par une partie de Kingsburg au coin jeux de société, avant de regagner le domicile pour espérer enfin peut-être dormir un peu. On fera quand même une ultime partie de Super Gang avant d’aller se coucher, histoire de poursuivre encore un peu ce festival qui fut comme chaque année incroyable en tout points.

C’était donc Apocalypse à la XXIème édition du festival RPGers. On ne saurait vous dire à quel point c’était génial, et à quel point c’est passé vite. Ça faisait plaisir de revoir les copains, et d’arpenter ce bastion du jeu et de l’Apocalypse paumé dans le sud-ouest de la France. Mention spéciale à l’Asteria Karavan qui nous a ravitaillés en thé à la menthe et en café aux épices, ainsi qu’un couscous dont je défendrai envers et contre tous la qualité exceptionnelle. Merci à tous mes joueurs, prisonniers politiques du vendredi, américains honnêtes le samedi, et franchouillards immondes mais géniaux le dimanche, et à mes collègues samouraïs et agents secrets. Ainsi bien sûr qu’à toute l’organisation, qui comme toujours ne fut pas sans couac, mais qui permet depuis 21 ans ce rendez-vous incroyable à la force des bras des bénévoles.

Alors si vous aimez jouer à quoi que ce soit, rejoignez l’Apocalypse fin Août prochain pour l’édition suivante. D’ici là, les Cavaliers continueront d’arpenter les Terres du jeu et de la culture à la recherche des pépites et des événements savoureux, dont RPGers est, sans l’ombre d’un doute, un des plus fiers et des plus beaux représentants.

 

Photos aimablement prêtées par Torquemada et Stéphane Gallay
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