Introduction à l’Actionnisme viennois

*Âmes sensibles s’abstenir*

On ne peut décemment se faire appeler les Cavaliers de l’Apocalypse, ou rêver d’en faire partie, sans connaître l’actionnisme viennois. En effet, les soirées enfumées, véranda fermée, à siroter des verres de whisky tout en écoutant un vinyle obscur de la snobothèque de Conquête, ne sauraient être prises au sérieux sans cette pierre manquant à l’édifice. C’est à peu près l’équivalent de prétendre aimer la musique et ne lire que les Inrocks.

Oui, bon, là est venu le moment de se dire, « Non mais elle nous casse les pieds la Paukalypse, moi j’aime bien les Inrocks, ça fait pas de mal de découvrir des trucs, elle pense qu’on va lire son article en étant désagréable ? ». Oh, mais le désagréable ne fait que commencer. Bienvenue dans l’actionnisme viennois.


Auto-mutilation de Günter Brus

Pour mettre les points sur les i : l’actionnisme viennois relève du domaine de l’art et est ce qui s’appelle un courant artistique. Comme chacun l’aura vu en quatrième, un courant artistique se définit par une date, une durée, et des gros débiles assez fous pour en faire partie. Ici, en l’occurrence, le courant artistique apparaît après la Seconde Guerre Mondiale, dans les années 60. Pour re-situer : en France, ce sont les périodes des performances, l’art contemporain bat son plein, et on sort à peine de la Nouvelle Vague. Oui, je vous vois grimacer : ce n’est en effet que du bonheur.

On est presque à ce qui est marrant et ce qui vaut le coup d’œil. Encore un peu de contextualisation et on pourra passer aux vidéos de taillage de bite. On ne va pas rentrer dans un cours d’histoire de l’art contemporain, mais ce qu’il faut retenir de l’actionnisme viennois, c’est que c’est un courant basé sur la transgression, le travail voire la violence faite au corps, la remise en question de la décence et de la moralité. Il faut se rappeler qu’on sort de la Guerre Mondiale et que, bien que le Général de Gaulle ait dit que toute la France avait résisté, on commence à voir resurgir les horreurs des camps, et c’est donc toute une génération, qui emmerde ses parents et les codes sociaux, qui va essayer de pousser l’amoralité et la non-sacralité du corps jusqu’à la limite.

n°57 par Rudolf Schwarzkogler

C’est ce qui va rassembler quatre artistes nommés Günter Brus, Otto Mühl, Hermann Nitsch et Rudolf Schwarzkogler. Ces quatre cavaliers précurseurs auront mené d’autres artistes sur une voie de mutilations et d’entrailles de chevaux, jusqu’à ce que le mouvement prenne fin, avec notamment la mort par hémorragie de l’un d’entre eux qui se sera tailladé plusieurs membres du corps y compris le sexe dans une baignoire remplie d’eau lors d’une performance, ce qui aura donné lieu à son décès prématuré.

Performance d’Hermann Nitsch

Plus qu’une appréciation ou une éloge du gore et de l’auto-mutilation, ce courant artistique fait partie d’un mouvement général de pensée qui peut être matérialisé en un énorme doigt fait à la génération et aux mouvements précédents. Ici, il s’agit d’aller envoyer se faire foutre l’histoire de l’art, qui doit être beau, moral, et qui se limite à des œuvres qui ne sont pas le corps humain. Pourquoi l’art serait-il moral ? Et pourquoi serait-il en-dehors de l’homme ? Qu’il soit comme une vague qui déferle sur tout, dans l’intégralité d’une pièce, sur les murs, sur les hommes, sur une installation, qu’il prenne place dans le temps ! Une énorme vague qui balaie tout sur son passage, et qui éclabousse les patriarches coincés des années 30 qui sont la génération que ces artistes envoient se faire foutre. Après tout, ils ne sont pas si fous, pas vrai ?

Self-Painting de Günter Brus

On retiendra donc de ce courant bizarre des vidéos plutôt choquantes, avec des exercices sur le corps et qui refusent la figuration et la narration. Ceci donne des gens à poil ou presque qui se roulent dans tous les sens, qui font l’ange de neige dans du vomi, du sang et des entrailles d’animaux (dans des cas extrêmes), et qui font durer, au pif, en improvisation, pour voir où ça les porte. C’est dégueu et un peu dérangeant ; c’est l’actionnisme viennois.