Anupong Chantorn, le Jérôme Bosch thaïlandais

Cet article s’adresse à tout ceux qui pensent que le bouddhisme est la seule religion qui ne fera pas de mal à une mouche, et que si tout le monde l’était ça arrangerait pas mal de chose dans le monde. Primo, je vous rappelle sa dénomination : religion. Ça, c’est fait.

Deuxièmement, je ne vous ferais pas l’affront de vous rappeler quelques événements tragiques dont seule l’humanité peut se vanter d’en être les flamboyants auteurs : les collèges de chez Aum Shinrikyō, la persécution des Rohingya par le pouvoir birman, ou l’affaire du temple Dhammakaya ne sont que les exemples les plus connus.

Et troisièmement, et ce sera notre sujet du jour, penchez-vous sur l’œuvre d’Anupong Chantorn, artiste mal-aimé de la communauté monastique thaïlandaise, pour finir de vous convaincre qu’il ne suffit pas de se raser le crâne et d’enfiler des toges safrans pour atteindre la salvation.


Au cours de l’exposition Enfers et fantômes d’Asie au Quai Branly, vous avez peut-être eu le privilège de découvrir pour la première fois en Europe, les œuvres d’un artiste unique. Anupong Chantorn est la voix contre la corruption des bonzes. Oui, oui, les moines bouddhistes, ces gentils vieux monsieurs parfaitement éveillé et vertueux ne font qu’un avec Tony Montana, ils ont tout de la pègre. Détournement de fond, abus de confiance, scandales sexuels, violences, jeux d’argents, drogues… Bref, c’est sur ces aspects méconnus (et étouffés), bien loin des enseignement du Bouddha que notre peintre-sculpteur veut porter l’attention du grand public.

Ses œuvres corrosives s’attaquent très clairement à ceux que l’on appelle les Golden Bonze, petite références aux traders des années 80, qui renvoi directement à leurs gouts tout à fait anti-ascétique pour l’argent, le luxe (petite dédicace aux trois bonzes dans un jet privé avec des sacs Louis Vuitton) ou à des infractions à leurs propres codes moraux et religieux, comme le sexe et la violence.

Et comme il sait que rien ne vaut mieux que de combattre le feu par le feu, il retourne la croyance du karma, et les superstitions pour effrayer les enfants et les appliques à ses moines monstrueux. Dans l’art traditionnel thaïlandais, le corps des personnages est déformé quand leur karma est mauvais. L’artiste reprend ce code esthétique, et ses personnages ainsi transformer se retrouve affubler de pénis sur-dimensionné, pour dénoncer la sexualité normalement prohibé par les lois monastiques bouddhistes. Ou bien de main gigantesque, de bouche minuscule, et de ventres énormes, peine normalement encourus par les enfants s’ils sont violent, mentent, ou font preuve de gourmandise et d’avarice.

Pour finir de justifier ses positions, Anupong cite même les enseignements du Bouddha, qui compare les mauvais moines aux corbeaux, prêcheur bruyant, rusé et voleur.

Ce maître de la déformation du corps dénonce de façon vibrante les abus commun d’une institution quand elle prends trop de pouvoir, et c’est pour faire cesser le chantage au karma que pratique ces bonzes véreux que l’artiste élève sa voix contre une communauté religieuse aux pouvoirs politiques.


Si vous en voulez encore, orientez-vous sans plus tarder vers son Facebook.