Dilili à Paris : La Ville-Lumière en couleurs

Si le savoir-faire français en terme de cinéma d’animation est aujourd’hui si réputé, c’est sans aucun doute en partie grâce à Michel Ocelot. Le réalisateur de Kirikou est en effet un fer de lance du cinéma de jeunesse français, et ses trop rares films ont marqué l’enfance de toute une génération. Vingt ans après son premier film et succès, et 6 ans après le troisième film sur le vaillant petit Kirikou, Michel Ocelot revient avec un nouveau long-métrage, et une nouvelle héroïne : Dilili. Et prouve encore une fois que si Kirikou n’est pas grand, lui l’est bel et bien.


Sboui

En entrant dans la salle de cinéma, je ne m’attendais certainement pas à voir une adaptation française de Ready Player One. Envahis d’enfants bruyants, j’étais plus là en curieux, tentant de ressusciter mes souvenirs de gosse. et force est de reconnaître que Dilili à Paris est une nouvelle claque sèche à la face de la médiocrité. Car si Michel Ocelot sort peu de films, c’est parce que ceux -ci sont particulièrement léchés. Dilili à Paris ne fait pas exception : les couleurs sublimes, les dessins remarquables et l’animation caractéristique d’Ocelot sont au rendez-vous dans ce nouveau décor parisien, moins luxuriant que les jungles et les déserts orientaux.

Le Paris de la Belle Epoque où se déroule l’action devient une fresque de beauté et de mythe, et pare l’action d’une nostalgie mêlée de mystère. C’est  cette ville fantastique et fantasmée que Dilili, une jeune métisse Kanak, va explorer tout au long du film, à la rencontre de ses merveilles, mais aussi de ses vices. La comparaison avec le nouveau bébé de Spielberg n’est pas au hasard :  le tout-Paris de l’époque défile et s’enchaîne au fur et à mesure du film. Dilili croisera ainsi les artistes, de Picasso à Degas en passant par Manet et Rodin, mais aussi Pasteur, Sarah Bernardt, Emma Calvé, Louise Michel ou encore Toulouse-Lautrec, avec qui elle ira drifter en triporteur sur les marches de l’escalier monumental de Montmartre. Les références culturelles, artistiques et historiques sont trop nombreuses et trop astucieuses pour les énumérer toutes, mais on se régale à chaque instant de l’intelligence et de la culture d’Ocelot, qui nous emmène en voyage à l’époque du Grand Paris des arts et des sciences.

Ce film n’est pas toutefois qu’une galerie de personnage. Comme toujours, le message social d’Ocelot est au cœur de l’intrigue, par des images fortes et une violence à l’image toujours marquante. Au-delà du racisme permanent que subi Dilili, ce sont les femmes dans l’ensemble qui sont maltraitées, par les terribles Malemaîtres et leurs plans machiavéliques. Malgré la pertinence du message et la puissance des images et des thématiques, on regrettera comme toujours le côté balourd de l’engagement du film, qui nuit un peu à la crédibilité du propos, malgré son importance et sa pertinence.

Au-delà du propos, c’est le voyage et le côté merveilleux propre au cinéma d’Ocelot qui fait la force de Dilili à Paris. Ce film est un conte féerique qui nous transporte dans un univers magique et mythique, à mi-chemin entre rêve et cauchemar. Percutant et remarquable, ce nouveau long-métrage sera à n’en pas douter un nouveau palier d’excellence pour le cinéma de jeunesse, qu’on vous conseille de savourer avec délice et nostalgie.