GG Allin, ou la performance scénique poussé à l’extrême

*Âmes sensibles, évitez cet article*

Considéré par beaucoup comme l’artiste le plus dégénéré de l’histoire de la musique, GG Allin et ses prestations scéniques transgressives auront à tout jamais marqué la scène underground américaine. Auto-mutilation, coprophagie, exhibition, pratiques sexuelles en live… Tout un programme. Finalement assez méconnu en France, il était temps de tirer le portrait d’un gars aussi fascinant que dégueulasse.


 

Une des rares photos de GG Allin habillé et pas trop ensanglanté

 

Avant de retracer son parcours, si vous n’avez aucune idée de qui était (oui car spoiler : il est mort) cette personne, sachez que votre âme est pure, et que lorsque vous arriverez à bout de cet article, votre être tout entier sera perverti.

GG Allin naît et grandit dans une cabane en bois dans le New Hampshire sous le nom de Jesus Christ Allin (ça ne s’invente pas) en 1956. Un nom prophétique qui lui a été donné car son père Merle Allin Senior — un homme fanatique religieux extrême et asocial, alors âgé de 32 ans — avait dit à sa femme de 21 ans, qu’un ange lui était apparu et lui avait dit que son fils serait un grand homme, dans la veine du messie. Son frère, incapable de prononcer Jesus correctement, le surnomme alors GG. Le père d’Allin était décrit comme maltraitant et mentalement instable, même si GG n’a jamais utilisé cela comme excuse pour ses dérapages. Dès l’enfance, c’est tout naturellement qu’il est considéré comme inadapté.

Il décrit sa jeunesse comme étant « très chaotique. Pleine de changements et de dangers. Nous vendions de la drogue, volions, entrions par effraction chez les gens, dans leurs voitures, etc. Les gens nous haïssaient déjà à cette époque. »


 

GG à l’âge de 4 ans

 

Il se travestit pour se rendre au collège, influencé par les New York Dolls, ce qui ne l’aide pas à se faire des camarades. Au lycée, il a déjà un penchant pour les actions théâtrales et provocantes. Lors d’un de ses premiers concerts (un bal scolaire), il arrache les décorations et tout le monde applaudit. À noter que ce premier groupe s’appelle Little Sister’s Date et qu’ils font des reprises de Kiss et d’Aerosmith. Ce genre d’info pas forcément indispensable et de pertinence discutable, vous en aurez plein au cours de l’article, vous voilà prévenu.

Il forme alors en 1975, avec son frère, le groupe Malpractice qui dure jusqu’en 1977. Le premier concert avec ce groupe déclenche une émeute, la voie de GG Allin était toute tracée. La même année il forme The Jabbers avec son frère et d’autres musiciens punks. La chronologie de la discographie de GG Allin devient alors longue et compliquée, car il a officié dans différents groupes, pour la plupart oubliés.

GG Allin & The Jabbers – Dead Or Alive

 

Des tensions internes au sein des Jabbers commencent à croître alors qu’Allin devient de plus en plus incontrôlable, méchant, et sans concession. The Jabbers se sépare en 1980, et son addiction aux drogues commence à cette époque. Le premier album studio de GG Allin, Always Was, Is And Always Shall Be, débarque à ce moment là. Et c’est son album le plus accessible, notamment car le musicien est encore relativement sage. Par contre, la qualité de l’enregistrement est, comme tout au long de sa carrière, particulièrement ignoble. C’est lo-fi comme on dit.

Durant les années 80, le bon GG se retrouve leader de plus d’une dizaine de groupe de punk, tous assez anecdotiques, avec néanmoins des prestations toujours plus spectaculaires. À ce moment là, Allin reste dans la scène très underground et n’est pas encore une icône viable du hardcore de la côte Est.

GG Allin et les Jabbers

 

C’est durant la période Eat My Fuc (son deuxième album studio, 1984) qu’il plonge dangereusement dans l’héroïne et l’alcool, ce qui, vous vous doutez bien, ne l’aide pas trop à gérer ses problèmes psychologiques. Ses prestations live deviennent alors de plus en plus intenses l’année suivante.

En plus de s’automutiler sur scène et de se battre avec son public pour finir nu et couvert de sang, Jesus commence à prendre des laxatifs avant les shows, se livre à la coprophagie (le fait de manger ses excrements), à des pratiques sexuelles en direct (il place son sexe un peu n’importe où) et menace de se suicider en plein concert.


 

Ses frasques ont de fâcheuses répercutions sur sa santé : il passe beaucoup de temps à l’hôpital dû à la violence de ses prestation, et à son hygiène de vie déplorable. Cela influence aussi sa carrière d’artiste, ses concerts sont régulièrement stoppés par la police ou par les propriétaires des lieux où se déroulent les shows.

Depuis tout petit, Allin était fasciné par les serial killers. C’est à cette époque qu’il écrit et qu’il rend visite plusieurs fois à John Wayne Gacy (un tueur en série célèbre surnommé « le clown tueur ») dans sa cellule. Gacy, peintre à ses heures perdues, lui a d’ailleurs offert un portrait de lui.

Un petit condensé des prestations scéniques du bonhomme

 

En 1986, il devient papa d’une petite Nico, fille qu’il a avec une certaine Tracy Deneault. À ce moment là, Allin est résolument héroïnomane, alcoolique, fumeur intensif et abuse généralement de toutes les drogues qui lui sont proposées. Rajoutons à cela le fait qu’il ne se lave quasiment jamais, on peut ainsi aisément imaginer la douce odeur qui émanait du monsieur.

Il se décrivait comme « le dernier vrai rocker ». Il entendait par là que la musique rock elle-même avait commencé comme une figuration du danger, de l’anti-autoritarisme, de la rébellion. Il reprochait aux artistes de s’être fait annihiler par les majors. La musique et les performances scéniques d’Allin étaient par conséquent destinées à rapprocher le rock de ses racines, à le reprendre d’entre les mains du système corporatif des gros labels.

Une des rares photos de GG Allin habillé et pas trop ensanglanté // Part 2

 

Sa tournée continuelle était interrompue seulement par la prison ou de longs séjours à l’hôpital pour des fractures, des septicémies (infections générales) et autres traumatismes. La quantité de châtiments physiques que s’infligeait Allin avait pour but de « l’endurcir » selon ses mots, mais avait également une grosse notion de jouissance sado-masochiste. Lors d’un concert par exemple, il s’est amusé à s’exploser les dents de devant à coups de micro. Comme disait l’autre : la douleur peut être une source de plaisir.  

Il est également intéressant de noter que Jesus fut plusieurs fois poursuivi pour violences en réunion et exhibitionnisme. C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’écrire/lire une phrase comme celle-la.


GG Allin en pleine performance en 1988

 

Une autre particularité des performances d’Allin était ses menaces continuelles de suicide. En 1988, Allin écrit à Maximumrocknroll (Fanzine américain sur la culture punk) en disant qu’il se suiciderait sur scène lors d’Halloween 1989. Cependant, il était en prison quand ce jour arriva. Il réitère sa menace chaque année suivante mais finit emprisonné chaque Halloween suivant, la faute à pas de chance. Lorsque la raison du non-respect de ces promesses de suicide, ou de ses défécations sur scène, lui est demandée, Allin répond, « Avec GG, tu n’obtiens pas ce que tu attends — tu obtiens ce que tu mérites ». Il déclare aussi que le suicide devait seulement être utilisé quand la personne concernée était au top, rencontrant l’au-delà au meilleur d’elle-même, et pas au pire.

Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, les séjours en prison d’Allin se font plus réguliers et plus longs. Il purge une peine particulièrement longue du 22 décembre 1989 au 26 mars 1991 après avoir été accusé du viol avec torture d’une femme dans le Michigan (il plaide non coupable, mais il n’y aura pas de fin mot à cette histoire).

Illustration par Brian Walsby

 

En parlant de femmes, les relations qu’entretiennent GG avec celles-ci sont plutôt particulières. Premièrement, elles sont très jeunes (entre 14 et 20 ans pour la majorité), et la plupart du temps il ne couche pas avec elles. Son frère racontera lors d’une interview que cela ne l’intéressait pas vraiment, qu’il préférait la soumission et l’humiliation au sexe classique.

Bien qu’ayant souvent annoncé qu’il se suiciderait sur scène, Allin meurt d’une overdose d’héroïne le 28 juin 1993, dans l’appartement d’une amie à New York. Il était âgé de 36 ans. Son dernier concert est donné dans un petit club appelé The Gas Station à New York. La vidéo des balances, du concert et de sa suite sont présents sur la version DVD de Hated: GG Allin and the Murder Junkies.

Hated: GG Allin and the Murder Junkies

 

Pour ce dernier concert il fait quelques chansons avant que le courant soit coupé, après quoi il dégrade la salle puis s’en va à travers les rues de New York, nu, couvert de sang et d’excréments, entouré de centaines de fans qu’il embrasse au passage. Après être arrivé à l’appartement de son amie, Allin prend une trace d’héroïne, puis perd connaissance. Certains des fêtards posent pour des photos aux côtés d’un Allin ayant perdu connaissance, ignorant qu’il était déjà mort. Le matin suivant, quelqu’un remarque qu’Allin repose toujours, immobile, et appelle une ambulance, mais Allin était déjà mort à l’arrivée des secours.

À ses funérailles, le corps bouffi et décoloré d’Allin est habillé avec son blouson de cuir noir, et un slip de sparadrap. Il a une bouteille de Jim Beam à ses côtés dans son cercueil, selon ses vœux (publiquement exprimés dans sa balade country acoustique When I Die). Suivant les souhaits de son frère, le croque-mort n’a pas lavé le défunt (qui sentait fortement les excréments rappelons-le), ni appliqué de maquillage.

Les funérailles se transforment en fête acharnée. Les amis posèrent avec le corps, mirent de la drogue et du whisky dans sa bouche, et baissèrent le slip de sparadrap pour prendre des photos de son pénis. Comme les funérailles touchaient à leur fin, son frère lui mit une paire d’écouteurs reliés à un lecteur portable dans lequel est insérée une copie de The Suicide Sessions. La vidéo de ses funérailles est disponible à l’achat, c’est aussi un bonus du DVD Hated.

GG Allin, dans son cercueil, tout simplement

 

GG Allin est enterré le 3 juillet 1993 au cimetière Saint Rose de Littleton, dans le New Hampshire. La tombe de GG Allin est souvent vandalisée par de la pisse, des mégots de cigarettes, des matières fécales et des bouteilles d’alcool par les fans. Des événements qui « agaceront » la mère de GG, Arleta. Qui fera retirer sa tombe quelques années plus tard.

Une rare photo de la tombe de GG non-saccagée. Il est écrit « Pour que ma mission se termine à la fin, au voisinage de la mort. LIVE FAST DIE. Rock’n’Roll Terrorist »

 

Et depuis, GG Allin a été élevé au rang de saint par ses fans : t-shirt à son effigie, pin’s, tatouage, jouets etc… Il est devenu le Che Guevara du Hardcore. Et même s’il y a une sorte d’universalité chez l’opinion publique pour dire que la musique en elle même est vraiment médiocre, force est de constater que le gaillard a fasciné des générations de weirdos en attente de personnalités anti-conformistes. Niveau prestation scénique, Allin a mis sans le vouloir un immense coup de pression à tout les groupes qui cherchent à faire quelque chose de nouveau ou transgressif en live. Comme disait à Noisey le groupe de black metal français Diapsiquir :

« Ce mec a tout fait, TOUT ! Trente ans avant nous. Alors qu’est ce que tu veux apporter de plus ? Arriver sur scène et te tirer une balle ? On y a pensé hein, mais à quoi bon ? »


 

Tag(s) associé(s):