After my Death : La Corée de derrière les tutos make-up

Chronique After My Death Apocalypse

Dans la famille “film vu en avant-première au festival du cinéma Indépendance et création”, après En Liberté !, on part sur une toute autre ambiance : After my Death, un long-métrage sur la question du suicide scolaire dans le pays le plus élitiste du monde.


 


 

Les conditions n’étaient pas favorables pourtant : on venait de sortir d’un film chinois de quatre heures — dont Guerre vous donnera sans doute des nouvelles — à peine 20 minutes pour souffler à l’extérieur qu’on réenchaine sur une fiction sud-coréenne à propos de suicide, de pression sociale et de harcèlement scolaire. Oui, c’était une journée chargée, et pourtant After my Death est l’une de nos plus grosses claques de cette année.

Sujet complexe pour l’étroite Corée du Sud que le suicide, véritable fléau en ses frontières. Pourtant, c’est de ça que va parler le premier long-métrage du réalisateur Kim Ui-seok, et il ne va pas y aller de main morte :

« Le suicide est tellement répandu en Corée du Sud qu’il est devenu chose banale dans la tête des gens. On n’en perçoit plus la gravité. On a d’ailleurs commencé par me dire que c’était trop insignifiant pour en faire un sujet de film. Ça m’a tellement perturbé que je m’y suis accroché, ce qui m’a permis D’APPROFONDIR mon idée ».

 

Un jour, une lycéenne disparaît, soudainement, sans laisser de trace. La piste du suicide est immédiatement privilégiée. On suspecte très rapidement Young-Hee, sa meilleure amie, dernière personne à l’avoir vu en vie, de l’avoir mis au défi de mettre fin à ses jours dans un pari morbide. La jeune lycéenne, parfaitement innocente, va tout de même rentrer dans une spirale infernale entre harcèlement — moral et physique — pressions sociales, parentales et humiliations dans une affaire où ni l’école, ni les parents de la victime, ni les autorités ne veulent se mouiller. Young-Hee fera tout pour se sortir de ce calvaire.

Primé en son pays, c’est mercredi dernier que le film est arrivé sous les latitudes de nos salles obscures. Et vous l’aurez compris, il n’est pas adapté à toutes les sensibilités. Certaines scènes sont très violentes et crues, mais en dehors de ça, c’est la saloperie morale que l’on se prend en pleine gueule. Les nerfs sont mis à rude épreuve dans ce film dur, mais qui témoigne d’une terrible vérité, tellement quotidienne qu’elle en devient banale.

Inspiré d’un triste épisode de la vie du réalisateur, le long-métrage prend son temps pour poser une atmosphère très oppressante et froide, qui va crescendo jusqu’à l’acmé. Certains parleront d’une façon tout à fait asiatique de faire les films, les autres de longueurs superflues. Votre serviteur vous répondra qu’il faut ce qu’il faut pour poser une ambiance, mais qu’il est également totalement immunisé à ce « défaut » si récurrent des films d’auteurs que sont les longueurs. Il regrettera cependant que la fin se fasse attendre, mais celle proposée est aussi d’un panache macabre que l’on ne peut que saluer. Il regrettera également d’avoir voulu conclure sa chronique au futur et à la troisième personne. Mais il insistera sur le fait que Choe Manheun Sonyeo, de son titre original qui signifie (à peu près) « La fille aux nombreuses fautes », est un film à voir pour son tendre goût de mal-être, aux dimensions tragique et inévitable, et pour sa capacité à vous retourner tout entier à la sortie du cinéma, vous ramenant dans un monde pas si étranger à ce que vous venez de voir. Comme dirait Joey, c’est arrivé près de chez toi.


 

Kim Ui-Seok
After my Death

Les Bookmakers / Capricci Films

Sortie le 21 novembre 2018