Mood – Whisky et Thérapie

Bonne année, bonne santé, on espère vous revoir en 2020. Peut-être que l’Apocalypse ne sera pas encore arrivée. Peut-être que c’est vous qui y arriverez pas, sans vouloir vous offenser, un accident est vite arrivé. Nous? PFFF! Bien sûr qu’on sera là. L’Apocalypse se ressource, l’Apocalypse entame une retraite spirituelle, mais l’Apocalypse pète des culs, vous pouvez compter sur nous. Il paraît même que certains des cavaliers se seraient retirés dans une ancienne abbaye en ruines du côté d’une cité sainte millénaire, mais est-ce qu’on nous croira? Ou plus important, est-ce que quelqu’un en a quoi que ce soit à secouer?


 


 

Il est des après-midis comme ça où on en est à son troisième café king-size, on est allongé les bras en croix quelque part, et on se demande pourquoi continuer. Personnellement, ce genre de situation me blase irrémédiablement, parce que je fais ma propre psychothérapie de névrosée dans ma tête et je passe à autre chose.

Dans ces moments-là, je rêve de prendre dix balles et d’aller boire dans mon bar préféré en tête à tête avec le barman, dans un fantasme aux restrictions budgétaires de Shining, où le barman serait un fantôme à la disposition de mes névroses, et où je serais en réalité le fils de ma soeur. (Tu m’étonnes qu’il essaie de tuer femme et enfant à la hache.)

Ca se passerait à peu près comme suit : j’arrive au bar, je commande un bourbon on the rocks parce que j’y connais rien en whisky, le barman sourit de me voir me la péter parce qu’il sait que jamais ma fierté ne me laisserait commander une Piña Colada. Le barman me demanderait ce que je fais là. Je lui répondrais que ma vie est vide et qu’il faut bien que je la remplisse avec quelque chose. Il aurait un petit rire poli et il regarderait ailleurs en désespérant de voir encore une personne aller au bar parce que sa vie est nulle. Un barman ce n’est pas un psychothérapeute au prix d’un verre de Martini, bordel. Mais je ne suis pas méchante et puis je paie mes consos. Après quoi je tenterais de crever l’abcès de l’absurde de la situation. Je lui dirais que venir boire au bar toute seule, c’est ce que font les cougars et les nanas dépressives, et que je suis trop jeune pour être une cougar. Il me demanderait alors, acculé, si je suis dépressive?

Je boirais. Et je lui dirais que j’aimerais bien, parce que ce serait plus facile, et puis là au moins j’aurais une excuse pour qu’on fasse attention à moi et qu’on me soigne. Mais je suis pas dépressive, ma vie est juste pas intéressante.

Hochement de tête compatissant, sourire pincé, c’est fou comme c’est triste. Je suis dans un des quatre pays les plus riches de la planète, je suis en bonne santé, dans une famille qui m’aime, et je suis pas excisée, et pourtant j’arrive quand même à me plaindre. Faut que j’arrête de me prendre pour le centre du monde. Pourquoi pas faire comme tout le monde et remplacer le vide et l’eau croupie de mes pensées par une boulimie de séries américaines médiocres sur Netflix? Ce sera toujours moins cher que du bourbon, de toute façon, c’est ma soeur qui paye.


 

Ben voilà. Je suis toujours les bras en croix et mon café a refroidi. Ma séance de psychanalyse est terminée et j’ai économisé le prix d’un bourbon. Pas la peine de regarder mon téléphone, je sais que ce sera la même bouillasse habituelle du groupe Facebook qui décante petit à petit en attendant que je vienne remuer la vase avec la fraîcheur -et le sourire ravageur- de Sméagol. Quant aux merveilleux potes qui sauvent toujours le protagoniste dans les films Disney, ils sont occupés avec d’autres potes, les potes alpha. Ca doit être bien d’avoir quelqu’un avec qui partager un café. Quelqu’un qu’on ne paye pas, je veux dire.

Je sais pas si lire ce livre de Robert K. Dick était une bonne idée, en fait.