Le Vers-Sel – Les Doudounes

Depuis l’intérêt général que vous aviez manifesté pour notre dernier Vers-Sel, il nous était compliqué de dépasser ce qui est désormais le mètre-étalon de notre jeune webzine. Pourtant, alors que le froid s’invite enfin dans nos chaumières, nous avons décidé de remettre le couvert et de vous mettre en garde contre une entité perfide et difforme qui s’infiltre dans votre garde-robe : les doudounes.


Je rappelle à bon entendeur et aux nouveaux qui ne connaissent pas le principe de ce format: Le Vers-Sel est un billet d’humeur humoristique visant à exacerber une totale mauvaise foi envers quelque chose du quotidien. Ce billet ne saurait en aucun cas attaquer directement les amateurs de doudoune. Bonne lecture.

Pas taper

L’hiver. Drôle de saison. Au début tout le monde se plaint qu’il ne fait pas assez froid, puis les mêmes diront que maintenant les frimas se font trop intenses. On déplore qu’il n’y ait pas de neige à Noël, puis la neige prend des allures de catastrophes sans précédents deux semaines plus tard. Oui, drôle de saison.

Pourtant, il existe un type d’individu qui par tout temps sera armé de la même armure, la doudoune. Juste un t-shirt en dessous quand il fait doux, une grosse maille quand le froid titille l’épiderme, toutes les occasions sont bonnes pour ces chevaliers du polyester d’arborer leurs motifs de fierté.

Ils sont dans les villes, ils sont dans les campagnes, à tel point que l’on ne les remarque même plus et qu’ils font partie du paysage. Pourtant moi je les vois, ils sont partout, ils nous regardent, avec leurs coupes de Peaky Blinders au rabais et leurs brillantes doudounes. Un sourire narquois au coin de la bouche, se moquant de moi avec mon manteau en drap de laine, terriblement plat.

Mais bon sang ! Ouvrez les yeux ! Vous ne voyez pas que cette pièce est en train de tout détruire ! Des millions d’années d’évolution, des milliers d’années d’histoire de la mode, des centaines d’années de perfectionnement de l’élégance, pour qu’en cet hiver de janvier 2019, on en arrive à ça : des vestes à bourrelets en plastiques !

Vous ne voyez pas que ce truc ne peut qu’être une mauvaise idée ? Rien ne va : la matière est la plupart du temps tout juste médiocre, la coupe est similaire à un tube en carton de papier toilette et la silhouette… Diantre, la silhouette, chose la plus importante du style, est remisée au même endroit que mon avis et le bon goût : dans mon cul.

Mais il faudra bien que quelqu’un se dévoue un jour à m’expliquer ce que ces immondes vaguelettes de tissu rembourrées foutent là. Car ne me dites pas que c’est pour une meilleur isolation thermique : beaucoup de vêtements font ça très bien et sans altérer votre ligne naturelle. Car il est là le problème, ces bourrelets ne flattent à aucun moment votre corps, quoique que vous pensiez et quelle que soit la manière dont vous êtes taillé, ça ne marche pas. Vous vous baladez simplement avec une veste à boudins.

D’aucuns me parleront du confort de la doudoune, et que c’est parfaitement agréable d’en porter. Et à ceux-là je voudrais leur répondre : « va bien te faire foutre ». Mais jamais je ne me le permettrais, alors en réalité je répondrais : « les protubérances difformes de chairs enflées qu’imite ce vêtement me plongent personnellement dans un profond inconfort ».

Et je ne peux passer à côté du petit frère de la doudoune : la doudoune SANS MANCHE. Mais qu’est-ce que vous foutez ? Pourquoi est-ce que vous vous faites du mal comme ça ? Aucun être humain ne mérite ça, ça doit être écrit quelque part dans la Convention des Droits de l’Homme et du Citoyen. Personne ne mérite une telle indignité, c’est criminel, vous vous en rendez pas compte.

En fait, si vous êtes un amateur de doudoune, c’est qu’au fond de vous, vous avez toujours voulu être un hippopotame. La grâce de ce noble pachyderme vous habite, tout s’éclaire à présent.

Mais je suis seul. Ils m’ont trouvé. J’entends le tissu de leurs vêtements gratter dans un couinement mes murs. Je suis seul et ils sont à ma porte. Ils me voient et je suis dans le noir. Ils m’ont trouvé…