Mood – Février c’est de la merde en barquette

Il serait facile de qualifier ce Mood mi-mensuel d’en retard, étant publié un 28 février. A cela je répondrai qu’il est tout aussi facile d’essuyer ses chaussures sur le visage d’un tétraplégique tombé de son fauteuil, et que moi je viens pas vous embêter quand vous le faites. Conclusion : si vous n’aimez pas la violence gratuite, n’en dégoûtez pas les autres¹.


 

Le mois de février est nul. Cependant ceci n’est pas un Vers-Sel, pour la raison que mes patrons m’ont demandé de ralentir et que j’en ai déjà écrit un tellement concentré qu’on pourrait le verser dans la Mer Noire et marcher dessus sans problème.

Ce serait tomber dans une facilité décevante, je dirai même plus, navrante, que de brandir les pauvres et esseulées crêpes, seul avantage de ce mois misérable, et qui en plus, je tiens à le préciser, sont limitrophes au mois beaucoup plus joyeux de janvier. Ceci fait du mois sus-mentionné une nullité sans nom prise en étau entre le mois des crêpes et le mois des beignets de carnaval, tel un sandwich de médiocrité, un peu comme Charlotte Gainsbourg prise entre deux hommes musculeux dans Nymphomaniac.

Seulement il est suffisant à lui-même de vous confier que le pic de mon mois fut que, lors d’un briefing doublé d’une importante session de team-building aux côtés de mon rédac’ chef Conquête, nous nous sommes remémorés l’existence du Pictochat de Nintendo DS. Avec des yeux écarquillés, nous nous sommes alors souvenus des conversations terribles à base de phallus que tout jeunot du XXIe siècle s’était fébrilement échangé sur cette plateforme de conversation cyclopéenne.

Au moins, ce qu’il y a eu de bien dans ce mois, c’est que Green Book a gagné l’Oscar du meilleur film, et donc que Guerre peut se rouler de nouveau en boule sur sa pile de VHS et reprendre son sommeil tranquille du dragon, ses narines exhalant une fumée oubliée de pipe vintage. “Qu’est-ce que j’ai pensé de cette cérémonie ?” me demande-t-on dans mon oreillette imaginaire, la caméra se déplaçant pour montrer une pile invraisemblable d’emballage de Lexomil violés jonchant mon plancher. Eh bien, je suis contente que Rami Malek ait gagné l’Oscar du meilleur acteur, ce qui me fait d’ailleurs rire parce que le terme « Oscar » me rappellera à jamais la fois où Will Smith a été un poisson dans Gang de Requins. Oscar, le tueur de squales. ♪


 

Le fait d’être une lectrice fidèle et assidue d’Apocalypse, le meilleur magazine en ligne de culture alternative, me permet en outre de découvrir des pépites musicales inédites, de dénicher de nouveaux talents, futurs concerts inoubliables, et de réfléchir à des films oubliés et bourrés d’amour et de scènes qui devraient être cultes. Cependant, il est nécessaire de rappeler que votre fidèle illustratrice est à l’Apocalypse ce que Yoko Ono est aux Beatles (une compatissante invitation à rester jouer avec la bande, qui s’est avérée être une terrible erreur), et que je préfère me casser le crâne à écouter la même chanson en boucle pendant un mois non-stop. Voici donc ci-dessus une merveille de lyrisme et d’hypnose du bayou que m’a suggérée Famine, et vous trouverez ci-dessous le tube qui nous a rincé les oreilles dans tous les Bershka de France depuis trois mois et dont je me gave sans concession depuis lors.


 

Célébrons enfin la fin du mois de février, cette merde infâme, et accueillons les bras ouverts le pollen de ses morts et les minettes qui transpirent, rougeaudes, sans vouloir reconnaître qu’il fait trop chaud pour porter un perfecto en cuir noir. A la revoyure les jeunes.

PoK

¹ Une formule délicieuse à rendre à Conquête, Rédacteur en chef à Apocalypse, 2019.