Plantasia de Mort Garson, ou comment mourir en paix

Suite à la réimpression courant Juin de Mother Earth’s Plantasia de Mort Garson par Sacred Bones Record, Apocalyspe a voulu se repencher sur cet album légendaire des 70’s qui a connu une seconde jeunesse grâce à Internet.


 

En 1976, il y avait deux moyens d’obtenir Mother Earth’s Plantasia. Soit, vous achetiez une plante chez Mother Earth, la bien nommée boutique sur Melrose Avenue, Los Angeles. Soit, vous achetiez un matelas chez Sears. C’est comme vous le sentiez. Tout de suite, une page de publicité :


 

Étonnamment, quand Sacred Bones Records a lancé il y a quelques jours ses précommandes pour acheter la première réimpression de Plantasia, ils n’ont pas utilisés cette fausse pub pour leur com’. Et oui, c’est une fausse pub : PoIsSon d’AVriL LOL (je vous hais).

Les années 70, c’est l’époque des hippies, du new-age, du patchouli, et des fleurs dans les cheveux. Bon, vous nous voyez venir avec les gros sabots de nos chevaux : dans ces années là est sorti un livre qui changera la perception que l’on a des plantes. Mi-occulte new-age, mi-connaissance scientifique douteuse, le livre The Secret Life of Plants par Peter Tompkins et Christopher Bird va marquer durablement la pensée de l’époque, et surtout celle de Mort Garson, le compositeur qui nous intéresse. En effet, dans ce volume, nous pouvons trouver entre autre information sur la communication entre les plantes, que celle-ci serait sensibles à la musique. Ni une, ni deux, il est temps pour notre homme de composer de la « warm earth music for plants… and the people who love them », sous-titre de l’album.

En dehors du fait qu’il se prénomme Mort, ce qui est pour nous une source de joie intense, vous n’avez peut-être jamais entendu parler de lui, tout comme du nom de Plantasia. Pourtant Mort a une place un peu à part dans l’histoire de la musique électronique. Ce musicien canadien s’intéresse très vite à l’invention de Robert Moog : nommé sobrement « Moog », un synthétiseur qui fut très prégnant dans la musique électronique des années 70 avec ses expérimentations psyché. Avant Plantasia, Mort a réalisé plusieurs autres albums sous divers pseudonyme qui connote son intérêt envers l’occulte, comme par exemple « Lucifer » pour l’album Black Mass. Il fût également, fait notable, responsable de la mise en musique de l’alunissage d’Apollo 11 en 69 pour CBS.

Plantasia est son dernier album… Mais pas la fin de sa carrière. Il continuera à composer et écrire des chansons pour le cinéma jusqu’en 2003 avant de s’éteindre en 2008 à l’âge vénérable de 83 ans (le premier qui fait une blague sur « Mort est mort », n’oubliez pas que cette blague est à nous et que nous avons de très bons avocats).

Et en plus, il a une super moustache.

 

Cet album se distingue pas mal des productions précédentes de Garson. Black Mass cité un peu plus haut est beaucoup plus technique et sombre, là où Plantasia est lumineux, joyeux, chaleureux… Mort compose avec son éternel Moog une symphonie à lui tout seul. À peine 30 minutes, c’est la durée de ce chef d’œuvre de la musique qui transporte dans une calme sérénité. Les ambiances atmosphérique se confonde avec des rythmes moins expérimentaux, et c’est là l’une des forces de Mort. Comme le fait remarquer Sacred Bones sur la page de présentation de l’album, au début de la musique électronique il y a deux extrême : les « pionniers intrépides » et les « chasseurs de tendance ». Quelques artistes sont les deux en même temps, mais Garson a embrassé les deux extrêmes, les mélangeant pour donner quelque chose de neuf, d’unique. Toujours dans la description de Sacred Bones, la fille de Garson s’exprime sur le fait que sa mère avaient de très nombreuse plantes. Sa mère savait conseiller Mort sur sa musique et sur ses choix. Ainsi, le sous-titre de l’album prends tout son sens : « De la musique de la terre chaleureuse pour les plantes… Et ceux qui les aiment », voilà la traduction approximative de ce sous-titre énigmatique. Plus qu’une ode à la nature et aux plantes, Garson offre un émouvant cadeau à celle qui les aiment, sa compagne donc. La séparation entre les deux parties de la phrase par les trois points de suspension montre qu’il y a un effet d’attente… et d’importance.

On pourra aussi être frappé par la ressemblance de certaines sonorités que l’on aura entendu dans des jeux vidéos. « Concerto for a Philodendron » ressemble de façon frappante à la « Berceuse de Zelda » dans Ocarina of Time. D’autres morceaux feront penser à la musique électronique japonaise et notamment à la musique de J-RPG comme l’excellente série des Mother (Plus connu sous nos latitudes sous le nom de EarthBound).

La ressemblance avec Mother, il n’y a pas que moi qui l’ai trouvé. Depuis quelques temps, Plantasia connaît une seconde vie grâce à Internet. Vous même, vous avez peut-être découvert cette gemme grâce aux recommandations de l’algorithme YouTube, au gré de vos pérégrinations musicale. Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes ni inculte, ni le seul, et votre serviteur le premier a découvert ce chef-d’œuvre ainsi. L’album a été de multiple fois supprimer de YouTube mais tout autant de fois reupload gardant la légende intacte. Les trois versions complètes de l’album présent sur la plateforme de Google cumule à elles trois près de 150 000 vues, alors imaginez avec les upload précédents…


 

Vous vous demandez peut-être ce que la rédaction répondrait à son propre questionnaire de l’Apocalypse. C’est le moment ou jamais de me livrer, Mother Earth’s Plantasia de Mort Garson serait probablement mon dernier album avant la fin du monde. C’est une véritable expérience que nous vous conseillons chaleureusement d’aller écouter. Et si vous en avez la possibilité, Sacred Bones et Atlas Obscura organise un événement autour de Plantasia avec une expérience d’écoute et tout le bazar au Jardin Botanique de Brooklyn le 18 juin. Il est encore temps d’aller prendre vos billets d’avion pour remercier comme il se doit la Terre de tous ses bienfaits.