The Dead Don’t Die : pas mal, mais moins bien qu’un gin to’ en terrasse

Les Cavaliers sont déjà en vacances. En même temps on est toujours en vacances, et vous voudriez que cela reste ainsi, non ? Sinon ça voudrait dire qu’il va arriver deux-trois bricoles à l’espèce humaine. L’une des idées qu’a émis Mort pour la fin du monde c’est la traditionnelle apocalypse zombie. Riche en occurrence, qu’elles soient littéraires, musicales, mais surtout cinématographiques, le zombie a encore de belles nuits devant lui. Voyons donc ce que Jim Jarmusch, cinéaste à la filmographie si hétéroclite, a fait du matériel zombifère avec son dernier film en ouverture de Cannes : The Dead Don’t Die.


 


Il y a quelque chose d’étrange dans le voisinage

Quel dommage de s’enfermer dans une salle de cinéma par une si agréable soirée. Il faisait beau et bon, un ptit gin to’ en terrasse serait passé comme une armée allemande en Pologne. Qui pourrait prévoir que la fin du monde est pour bientôt dans de telles conditions ? On devrait avoir un Cavalier délégué à la météo. En tout cas, la fin du monde elle est dans la salle que je m’apprête à pénétrer avec une bonne invasion zombies comme on les aime. Petite subtilité cependant, c’est Jarmusch à la manœuvre, donc pour Cannes ce n’est plus du film de genre. Ce sont ces pédants qui auraient dû rester en terrasse.

On croise deux-trois têtes connues, un réal ici, une ancienne prof de philo, un ancien prof de lettre, une amie d’une amie, des anciens collègues de travail, un vendeur d’affiches qu’on connait bien… On salue tout le monde. Décidément la hype est présente. Mais il faut se méfier de la hype, c’est une amante bien infidèle, qui fait espérer le plus et n’offre que le moins. Et The Dead Don’t Die n’échappe pas à la règle. Au renouveau du film de zombi, on nous propose un long-métrage sympathique. À la synthèse parfaite entre film de genre et film d’auteurs, on nous donne un film… ouais, sympathique.

Sympathique, c’est le mot. D’une tiédeur à faire pâlir de l’eau chaude, le film est agréable à regarder, on passe un bon moment. Et quand la séance se termine, on regarde son voisin en disant « c’était cool… On va boire un coup ? ». Aucune fulgurance notable rends la pareille à aucun moment creux de l’intrigue. Bref, c’est un film bien.

Le résumé sera bref : Dans la ville paisible de Centerville, les autorités sont confrontées à de mystérieuses attaques. Serait-ce une bête sauvage ? Ou bien plusieurs bêtes sauvages ? Pas de doute possible, ce sont des zombies, et la fin du monde à commencé.

Essayons de construire un peu plus. Au niveau des problèmes, le film est un peu trop « pépère ». Il se laisse regarder sans jamais vraiment marquer notre mémoire. Le film est malheureusement oubliable, et constitue tout juste un bon divertissement. Comme vous devez le savoir, le casting est XXL, ce qui nous donne une brochette de personnages inutiles, comme les « hipsters de Cleveland », les enfants en camps de redressement ou le fermier redneck (campé par un Steve Buscemi au top de sa forme).

Mais soyons réalistes, le film est bon. De très nombreux gags font mouche et tirent de très francs instants de rigolade. La réal, posée et par moment contemplative de Jarmusch fonctionne très bien, malgré les ralentis kitschouilles, qui même si les premiers arrachent quelques sourires, deviennent gênants à force. Le design des zombies, sans doute réalisé avec du maquillage, est tout simplement parfait et sied particulièrement bien à ce fieffé Iggy Pop. Mais le gros point fort du film réside dans ses personnages principaux, et les acteurs qui les interprètent. Un Bill Murray blasé et sur la retraite, un Adam Driver impeccable et brisant le quatrième mur, et une Tilda Swinton qui tient le rôle le plus comique du film. L’émulsion du duo Murray-Driver tire le film avec une efficacité remarquable. Et quel plaisir de revoir Murray sur grand écran.

Et puis il y a Danny Glover quoi. Juste ça.

L’Arme Fatale forever

Au delà du délire qu’il s’est payé à faire un film de zomblard, Jarmusch prend ici l’occasion de faire une vive critique du consumérisme. Mais là encore, problème, ce sous-texte qui est déjà cousu de fil blanc dans le film, est encore plus explicité à la fin du métrage (une fin qui, soyons tout de même honnête, est vraiment pas mal et fait réfléchir). Entre autres critiques des médias et des gouvernements qui cachent l’information au public, il faut, pour capter la profondeur du film, s’enfoncer plus avant dans sa portée métaphorique. Ce que Jarmusch nous raconte profondément, c’est que nous sommes des zombies. Les zombies c’est nous. Avec nos obsessions matérielles et nos addictions imperceptibles. Avec The Dead Don’t Die, Jarmusch prophétise la fracture du tissu social humain, au profit de l’intérêt, de l’envie, et du confort.


 

Jim Jarmusch
The Dead Don’t Die

FOCUS FEATURES / UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL

Sortie le 15 mai 2019