Apocalypse au Frames 2019

Frames Apocalypse 2019

En ce week-end de mi-septembre se réunissaient pour la quatrième année consécutive la plupart des grands noms de la création sur Youtube et associés, dans la charmante ville d’Avignon. Voilà, en une phrase comment résumer le festival Frames. Au programme : conférences, débats et tables rondes autour de sujets de pop culture, de cinéma, de société ou encore de culture web. Et les ruelles ancestrales d’Avignon tressaillirent, car parmi elles se tenaient deux Cavaliers de l’Apocalypse, venus répandre le chaos, et accessoirement assister au festival. Voici donc, pour vous, le compte-rendu de Guerre, narrant les épisodes épiques de ce week-end consacré aux créateurs indépendants et aux internets sous toutes leurs formes.


 

Conquête a encore fait grosse soirée juste avant un événement important. Je feindrais bien la surprise, mais quand j’ai vu qu’il allait au concert de John, j’ai su que sa nuit serait trèèèèès courte. Il pourra dormir dans le train, au moins. Je relis la liste des invités du festival qu’on veut interviewer, le programme qu’on s’est fait en préparation du festival : on ne va clairement pas avoir le temps de faire tout ça, mais ça devrait quand même être un super week-end. Conquête me rejoint dans la soirée, que nous écourtons autant que possible. Demain c’est levé 6H pour partir à Avignon et être présent dès le début du festival, et ça fait pas plaisir, comme dirait Numérobis.

Nous voici à Avignon après un voyage en train aux aurores, pour la première fois dans nos vies millénaires de servants divins. Belle ville, y’a pas à dire. On comprend que le pape ait eu envie d’y vivre. Pas le temps de faire du tourisme, il faut aller retirer nos accréditations presse et organiser les interviews au plus vite, histoire de ne pas rater le début des conférences. La chargée de presse semble fatiguée et overbookée, mais tout est en ordre pour nos accreds, sauf qu’on est allé les chercher au mauvais endroit. On lui demande huit interviews sur le week-end, des « Interviews Apocalypse » essentiellement, les guests n’ayant guère le temps pour plus dans leurs agendas chargés. Puis direction le Palais des Papes lui-même, pour la première conférence du Frames : un débat sur le film le plus terrifiant, animé par le bon ALT 236, l’Indiana Jones des univers fictifs. Au moins un qu’on n’aura pas à devoir alpaguer pour une interview, cela fut fait quelques mois plus tôt.

C’est ce dernier qui ouvre Frames et ce débat par un rappel de la définition de l’horreur et de ses différents niveaux : la terreur pure et instinctive, l’horreur dans l’émotion et la révulsion par le dégoût. Il laisse ensuite la parole à chacun de ses invités pour parler de leur film d’horreur ultime. Les réponses varient, mais reviennent principalement quelques classiques du genre : Blair Witch et L’Exorciste, et des films choquants par essence comme Cannibal Holocaust. Le débat dérive vers ce qui fait un film d’horreur vraiment effrayant, et sur la manière de rendre le spectateur vulnérable à la peur et à l’horreur au fil du film. Par la suite, le maître de cérémonie questionne ses guests à propos des films non-horrifiques qui les ont terrifiés. Les réponses sont cette fois-ci plus surprenantes : on cite Robocop, Meaning of Life ou encore Full Contact. Encore une fois généralement des traumatismes d’enfance ou d’adolescence. Le débat se conclut sur le type de film d’horreur que chacun des invités réaliserait s’il en avait l’occasion. Les réponses sont encore une fois très variées, montrant la diversité d’opinions et de goûts dans ce milieu restreint de vidéastes de tout poil. Ce premier débat s’achève, hélas trop vite pour aller en profondeur du sujet, mais entendre Le Fossoyeur de Films, Axolot ou encore JB de Tales From the Click parler de leurs influences d’horreur donne un éclairage intéressant sur leur contenu.

La première conférence, au conclave du Palais des Papes

 

La chargée de presse nous rappelle à elle : les guests sont intrigués par le patronyme de notre webzine, et veulent savoir à quelle sauce les Cavaliers de l’Apocalypse vont les manger. Malgré tout ce qu’elle doit gérer, elle nous a déjà organisé la plupart des interviews : remarquable efficacité. Un de nos futurs interviewés a toutefois décliné, nous nous contenterons de sept victimes pour ce festival. On a d’ailleurs juste le temps d’aller manger avant d’aller à la rencontre de notre premier invité, entre deux de ses interventions, au Théâtre du Chêne Noir. On arrive un peu en avance, le temps d’entendre les derniers mots de la table ronde de Nota Bene sur les raisons qu’ont les youtubeurs de faire une BD. Puis nous sommes conduits dans les loges du théâtre, en compagnie de notre hôte. L’interview se passe à merveille malgré le temps très réduit à notre disposition. On ratera sans doute le début de la prochaine conférence.

Conférence animée par Scinéma, intitulée « Humour et Cinéma ». Le youtubeur a ici invité quelques-uns de ses condisciples pour discuter de la comédie et de l’humour dans le septième art. Après un préambule pour parler de ce qui fait rire chacun, les invités présentes chacun leur tour un type d’humour et son incarnation au cinéma par une scène culte, de l’absurde au social en passant par le malaise. On évoque la place que le théâtre devrait reprendre dans les comédies, on parle de Dupieux, de The Office, de Francis Weber, et de la dangereuse tendance à confier tous les rôles de comédies à des humoristes de stand-up. Un beau débat rondement mené et fort instructif, qui s’arrête lui aussi trop tôt.

De gauche à droite : Scinéma, Bertrand de Yes Vous Aime, Hugo et David de Calmos, Johann de Yes Vous Aime, Art Comptant pour Rien et Axolot

 

Néanmoins, on devrait continuer de se marrer : notre prochain arrêt est Saint-Jacut, petite ville de Bretagne qui constitue le décor du podcast animé par François Descraques. Il s’agit d’un feuilleton dont la trame est écrite mais pas les dialogues, et les comédiens invités (Mr Poulpe, Raphaël Descraques, Florent Dorin et Axolot) auront pour rôle de combler ce vide. Et ça ne manque pas, la salle est hilare pendant une heure. Le texte a été remarquablement adapté pour être joué en public, et les invités de Descraques vendent du rêve comme à leur habitude. Encore une fois, c’est une trop courte heure de plaisir qui s’achève dans la liesse générale.

Enregistrement du podcast « Mystère à St-Jacut »

 

La suite du programme est plus professionnelle. Deux interviews serrées avec des invités prestigieux que vous découvrirez bientôt dans nos colonnes. Encore une fois, nos hôtes sont sympathiques et de bonne humeur, même si notre présence apocalyptique les impressionne quelque peu. Pour finir, Conquête se dévoue pour faire seul l’ultime interview de la journée. De mon côté, je pars voir la conférence sur l’histoire des vidéo-clubs de Tales from the click. Une chouette intervention de JB m’attend, en plus petit comité, et c’est avec nostalgie qu’on se remémore les grandes époques des VHS par dizaines et des rayons pornos crades des fonds de placards. JB, fort de son expérience de trois ans dans un vidéo-club à Montréal, narre l’épopée de la location de VHS, des premières Betamax dans les années 70 jusqu’à la chute inexorable du marché face au streaming en passant par la grande époque des magasins Blockbusters de la fin des années 80.

La journée fut longue mais pourtant elle est passée trop vite, et le premier jour de Frames est déjà terminé. Je retrouve Conquête qui m’apprend que l’interview de son côté s’est déroulée de la meilleure des manières. C’est l’heure d’aller prendre possession de notre airBnB d’un soir. Bien entendu j’ai plus de batterie et c’est la galère, mais on finit par arriver chez Alain, notre hôte. Celui-ci nous accueille comme si on était ses potes, avec moult vin blanc et même un verre de Chartreuse, pour être sûr qu’on soit ivres avant d’avoir commencé la soirée. Alain nous parle d’Avignon, de son métier d’artiste-peintre, de son dégoût des pédants de l’art et glisse çà et là des blagues de Coluche. Malgré son immense sympathie, nous laissons Alain pour aller manger.

Le restaurant classieux qu’il nous avait indiqué étant complet, nous décidons finalement d’aller manger dans le restaurant qui fait les plus mauvaises lasagnes du monde. Évidemment, nous en commandons deux assiettes, et c’est donc avec quelques regrets gustatifs que nous nous rendons au bar où les bénévoles du festival comptent se retrouver : nul doute que l’ambiance y sera meilleure. Contrairement aux lasagnes, la soirée va être épicée et onctueuse. Les bénévoles sont très ouverts et sympas, et les bières coulent à flots et sont qualitatives. On passe l’essentiel de la soirée à parler jeux vidéo, film d’horreur et du ZEvent – l’autre grand événement du week-end – avec un couple de Parisiens excessivement agréables. Finalement, l’alcool et la fatigue nous mettent au tapis, et nous rentrons dormir chez Alain, pour quelques trop courtes heures avant la seconde journée de Frames.

Ainsi donc s’ajoute en ce dimanche pluvieux avignonnais une douce mais solide gueule de bois, en plus du manque de sommeil global. Mais il faudra plus que ces basses considérations terrestres pour neutraliser l’apocalypse. Je me rends donc au saut du lit aux côtés, encore une fois, de Jean-Baptiste Toussaint. Celui-ci, après une nuit identiquement courte à la nôtre, a décidé d’inviter la comédienne Marjorie Le Noan pour parler de films, juste de films. En comité restreint, la parole circule entre les deux intervenants et le public ensommeillé, et les échanges se portent dInterstellar à Titanic en passant par Elephant Man ou Le Roi et L’Oiseau. Une discussion calme et ouverte, juste ce qu’il fallait pour émerger en douceur.

JB de Tales From The Click et Marjorie Le Noan

 

De son côté, Conquête part contrer sa GDB (Gueule De Bois pour les intimes) en allant assister à une nouvelle conférence d’ALT 236 ayant pour intitulé « Les zones inexplorées de l’imaginaire ». L’objectif étant de recenser la majorité des éléments vecteurs d’imagination chez les Hommes, comme l’immensité de l’univers ou le paradis. Malgré la somnolence certaine de notre rédacteur en chef, il pouvait compter sur le conférencier pour lui procurer un mini Stendhal Syndrome. C’est sans surprise que ce dernier avait concocté toute une banque d’image pour illustrer ses propos : Hellraiser, L’échelle de Jacob ou encore Le Château dans le ciel. On retiendra que même si les avancées technologiques et les nombreuses découvertes scientifiques auront mis fin à des années de fantasmes sur des zones maintenant connues comme la lune ou le centre de la terre, ces mêmes avancées font naître de nouveaux horizons pour l’imaginaire collectif.

Un exemple de ce que l’on pouvait voir à la conf d’ALT 236, pour illustrer en l’occurrence le ciel.

 

Nous nous retrouvons ensuite en compagnie de Paul, de La Chaîne de …. P.A.U.L, logique. Celui-ci a fait le choix d’adapter son format vidéo se basant sur un personnage ou un événement extraordinaire en une intervention orale. Le sujet du jour : Ricardo Lopez, stalker de la chanteuse Bjork qui tenta de la défigurer à l’aide d’un colis piégé. Spécificité supplémentaire du bonhomme : il a tenu un journal intime filmé de sa vie et de ses pensées lors des huit derniers mois de sa vie, qu’il achève lui-même d’une balle dans la tête après l’envoi de son colis destructeur. Des images glaçantes, et une réflexion fort bien menée de Paul sur ce qui mène l’homme à la folie, et les raisons de cette exposition de son intimité, dans un monde où c’est devenu banal. Une recherche exhaustive et un point de vue original sur le sujet, bref, une excellente conférence.

À ne pas mettre devant tous les yeux.

 

Le repas de midi fait beaucoup de bien et permet de recharger les batteries pour le sprint final du festival. Une nouvelle fois je laisse Conquête de son côté, et me prépare pour la cinquième interview du week-end. Conquête m’apprend qu’il n’y en aura que six au final, notre dernier guest apocalyptique ayant trop pris au mot le concept, et se trouvant dans l’incapacité de produire des sons avec sa voix, suite à un samedi soir trop rocambolesque. Cette interview se déroule elle aussi sans encombres, et je retrouve Conquête à la sortie de sa conférence animé par Mr Poulpe sur les coulisses de son émission Crac-Crac. Conférence où il a par ailleurs annoncé en exclusivité la naissance de sa prochaine émission, Poulpovision, à paraître tous les dimanches en clair sur Canal + à partir du 13 octobre.


 

À ce moment-là, il nous reste une dernière interview, la plus longue du week-end. Notre hôte est épuisé tout comme nous, mais incarne la gentillesse même, et c’est avec plaisir qu’on emporte dans nos valises, comme un dernier cadeau d’Avignon, une belle interview d’une heure et quelques à dérusher. Et voilà, Frames s’achève déjà, on a pas vu passer les heures. On passe chez Alain récupérer nos affaires. Celui-ci nous salue chaleureusement, mais nous met à la porte parce qu’il est en train de faire une séance de bodypainting, et la demoiselle nue et peinturluré dans son salon serait sans doute effarouchée par la présence de deux Cavaliers de l’Apocalypse. Compréhensifs, nous quittons les lieux, passons prendre une dernière bière dans la ville des Papes avant de retrouver Nabil, notre blablacar, pour un covoiturage assez apocalyptique lui-aussi. Le pauvre Conquête repart le lendemain à 7h. Il va avoir besoin de longues nuits pour se remettre de sa fin de semaine. 

Ainsi s’achèvent nos aventures au Frames Festival d’Avignon. On retiendra une ville superbe, des bénévoles extrêmement bienveillants et agréables, un service de presse très efficace malgré le rush, des lasagnes immondes, des avignonnais peu informés de ce qui se passait dans leur ville, des bières en quantité industrielle, un artiste-peintre affable, six interviews de qualité que vous découvrirez bientôt, une météo merdique mais pas autant que prévu, très peu de sommeil, des escaliers (très) éprouvants et globalement un plaisir indescriptible d’avoir fait parti de cette aventure. Soyez prévenus, Apocalypse reviendra semer le chaos l’année prochaine, cela ne fait aucun doute.