TOP 36 Films 2020 Partie 2 : Les Films Pas Mal

Et on est de retour sur le plateau  pour continuer à classer les films de 2020. L’enthousiasme est à son comble car on quitte la zone des films décevants pour arriver en terrain plus abordable. Je vais vous parler aujourd’hui de ces films sympas, qui ne laissent pas un souvenir impérissable, souvent imparfaits sur de nombreux points et qui laissent mitigés à la sortie de la salle. Mais avec le recul, on se dit qu’on a été trop dur avec ces films, et qu’on est sans doute un islamo-bobo de merde qui sait rien apprécier de la vie. J’ai dit « on » , hein, pas moi. Bref, passons aux films.


1

Mention Honorable : Les films que j’ai pas pu voir

Vous allez rire, mais cette année, aller au cinéma a été plutôt complexe. Et suivre les rares séances de films indépendants entre les reprogrammations, les délais et les retournements de vestes des politiques gouvernementales fut un vrai jeu de funambule, mais bon, comme disait mon oncle pendant le skypéro de Noël : moi au moins chuis pas mort du covid, et Netflix a mis l’intégrale Fast and Furious en ligne, que demander de plus. Voici donc les principaux films que je regrette fortement d’avoir loupé, par manque d’organisation, de temps et de pays non atteint d’un virus dévastateur et mortel : Drunk de Thomas Vinterberg, Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood, Vivarium de Lorcan Finnegan, Dans un Jardin qu’on dirait éternel de Tatsuchi Omori, Un Divan à Tunis de Manele Labidi, Ema de Pablo Larrain et Radioactive de Marjane Satrapi. En comparaison, j’ai vu en 2019 76 films sortis cette année-là, je mets donc cette chute libre sur le dos du Covid et non pas d’une flemme qui serait indigne de ma condition de Cavalier de l’Apocalypse.


2

La Llorona de Jayro Bustamante

La Llorona - film 2019 - AlloCinéNon, Non et non, pour la énième fois il ne s’agit pas de la énième suite nullissime d’horreur éponyme à la saga Conjuring sortie quelques mois auparavant. Je parle ici d’un film d’horreur politique guatémaltèque autrement plus intéressant et vendeur, malgré ses défauts qui le font atterrir aussi bas dans mon classement annuel. Ce film nous conte le procès d’un ancien général guatémaltèque responsable avec ses collègues galonnés du génocide des populations indiennes et mayas du pays. Assigné à résidence, il croit être hanté par une llorona, un esprit féminin empli de deuil et de souffrance pleurant et hurlant son chagrin aux oreilles de sa victime, tandis que l’étau de la justice se ressert sur lui, et qu’il craint que l’esprit ne s’en prenne à sa famille.

Je suis réellement attristé de placer ce film aussi bas dans ce top, car il avait tout pour être un chef d’œuvre. Une mise en abyme astucieuse d’un lourd passé historique rappelant le génial Get Out, un casting talentueux et crédible, notamment l’actrice principale parfaitement juste à tous les niveaux, une réalisation léchée et le cadre oppressant de cette riche villa hantée autant par le peuple en colère à l’extérieur que par les crimes du patriarche à l’intérieur. L’hésitation entre fantastique et simple folie est subtilement amené, le final est brillant bref, pourquoi n’est-il pas top 1 ?

Principalement parce que ce film souffre d’un défaut majeur hélas souvent propre à l’écriture cinématographique sudaméricaine : le film ne démarre jamais vraiment. L’intégralité du scénario et des péripéties  est résumable en quelques lignes, et j’ai dû me battre pour vous le spoiler le moins possible. On part de ce pitch prometteur et on ne va jamais vraiment nulle part, sinon à une conclusion peu surprenante sinon même trop prévisible malgré sa beauté esthétique. L’autre défaut majeur du film vient du fait qu’il traite trop de sujets, trop d’histoires, trop de personnages en même temps. Il laisse donc un goût de superficialité en bouche alors que les sujets abordés sont à la fois très graves et très intéressants. Une excellentissime idée qui pêche donc dans sa réalisation pratique est c’est bien dommage. je recommande néanmoins aux amateurs du genre et de cinéma latinoaméricain de vous ruer sur cet objet de cinéma bien singulier  qui vaut le détour malgré la déception certaine qu’il a engendré chez moi.


3

Sole de Carlo Sironi

Affiche du film Sole - Photo 1 sur 6 - AlloCinéIl va y avoir ici beaucoup de redites de la critique du film précédent, ce qui paraîtra des plus curieux au vu du pitch de ce film italo-polonais, récompensé de l’Antigone d’or au festival Cinemed 2019. Celui-ci nous narre la rencontre étrange entre Ermanno, jeune italien désœuvré vivant de petits boulots et jouant son argent aux machines à sous sur son temps libre, et Léna, une jeune fille polonaise ayant accepté d’être mère porteuse pour l’oncle d’Ermanno et sa femme stérile. Celle-ci est confiée aux soins d’Ermanno, qui va donc apprendre à vivre avec la jeune fille, et avec l’enfant à venir.

Une nouvelle fois, et même si cela est avec moins d’enthousiasme que la Llorona, le plan formel du film est remarquable. Les rues glauques italiennes tournées en teintes de gris donnent une vue innovante du pays, les acteurs principaux sont globalement très bons, le pitch est intéressant. Tout en retenu jusqu’à un final terriblement dévastateur, le film montre sans rien dire, et passe par le langage corporel de ses acteurs pour évoquer des questionnements humains profonds.

Le problème, c’est qu’à force de rien dire, on se fait quand même un peu chier. Le film traîne en longueur pour arriver à sa conclusion, et le rythme du film est faux. La dimension dramatique de cette histoire est également appuyée au marteau-piqueur : les personnages ne sourient jamais , et l’austérité globale du film en devient de fait ridicule par moments, tant tout paraît terrible et dramatique en ce bas monde. Pour un premier film néanmoins, il s’agit d’un début extrêmement prometteur, et si ce genre de sujet vous touche, je ne saurais que trop vous enjoindre à voir ce film, qui vous parlera sans doute bien plus qu’à moi.


4

Family Romance, LLC de Werner Herzog

Family Romance, LLC - film 2019 - AlloCinéWerner Herzog avait surpris tout le monde en apparaissant comme un des antagonistes principaux de la saison 1 de The Mandalorian, et il revient ici à ses amours moins hollywoodiens mais tout autant déroutants. Le défi était osé : tourner un film dans une langue qu’il ne maitrise que peu. Dans ce nouveau film à mi-chemin entre documentaire et fiction, Herzog pose sa caméra sur les traces de Yuichi Ishii, le gérant de la société tokyoïte Family Romance, dont le rôle est de fournir à ses clients des acteurs pour jouer des rôles dans la vraie vie selon leurs besoins.

On voit donc tour à tour Ishii et ses acteurs dans le rôle de père biologique de retour auprès de sa fille, de contrôleur de train coupable ou de paparazzis hystériques, pour aider leurs clients à offrir à la société, à eux-mêmes, ou à leur entourage une apparence factice de vie idyllique et parfaite. On ressent dans ce film la volonté de Werner Herzog de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, plus que de faire un film léché. L’image, notamment les plans en drones de la ville, est belle est bien choisie, mais au delà du talent d’Herzog, on ressent son manque d’envie de lutter face à son manque de budget. Le film est donc très linéaire et plat, et utilise son parti pris de faux documentaire pour rester trop classique dans sa forme.

Le rythme et l’action apparaissent donc comme décousus, et le fil rouge du film n’est lui-même pas très intéressant, mais on parle quand même de Werner Herzog. Son éclairage et sa vision occidentale de cette société japonaise si étrangère et si curieuse est donc assez remarquable, montrant au spectateur un autre monde que celui qu’il connaît et reconnaît. Et l’exposition de ce phénomène de fausse famille très répandue au Japon offert à nous par un vieil homme qui comprend de moins en moins son époque est une réflexion intéressante et nostalgique que les amateurs du pays du soleil levant comme du cinéaste allemand sauront apprécier.


5

L’Infirmièrede Koji Fukada

Achat L'Infirmière en DVD - AlloCinéJ’adore la manière qu’à Koji Fukada de faire du cinéma. Je trouve que sa maitrise du plan, de l’image, du style très carré et net propre au cinéma japonais qu’il mêle d’émotion pure et brutale et d’idées de mise en scène génialissimes est une des plus belles choses qu’il soit arrivé au monde du cinéma ces vingt dernières années, et à 2020 en particulier, puisque  deux de ses films nous sont parvenus cette année.

Le premier d’entre eux nous narre l’histoire d’une infirmière accusée d’enlèvement, puis d’autres crimes plus innommables encore. Harcelée par les médias et l’opinion populaire, on suit sa lutte pour rester humaine et saine d’esprit face à la foule et à la machine médiatique. Comme toujours, Fukada maîtrise à la perfection la mise sous tension de son spectateur, et les climax du film sont aussi intenses que terribles. Mariko Tsutsui bouffe l’écran dans le rôle de cette femme âgée célibataire mise au ban de la société dont l’esprit déraille (ou pas ?), et le film est globalement sublime. Mais……

Mais j’ai du mal avec la façon qu’à Koji Fukada de raconter des histoires. Et particulièrement dans ce film, son écriture scénaristique est confuse, presque brouillonne, et il tombe dans tous les écueils de son cinéma. Ce film contient à la fois ses plus grandes qualités de cinéaste comme ses plus évidentes faiblesses. Les péripéties semblent se succéder aléatoirement et le scénario est tant mis au service du propos et de la mise en scène que l’action en devient floue, souvent vide de sens et ne menant qu’au climax suivant. Le film a aussi souffert pour moi d’une très mauvaise campagne marketing, se vendant en France comme un thriller policier, alors qu’il s’agit en fait d’un drame social. En bref, un peu décevant de la part de ce bon Koji dont je ne saurais que vous encourager à voir les autres films, particulièrement Harmonium où vous retrouverez en plus Mariko Tsutsui dans le rôle de sa vie.


6

Un Fils de Mehdi M. Barsaoui

Achat Un fils en Blu Ray - AlloCinéComme pour le film précédent, beaucoup des qualités d’Un Fils viennent de son acteur principal, car Sami Bouajila est un des grands talents du cinéma tunisien du XXIeme siècle sans aucun doute. A l’inverse, contrairement à Koji, Mehdi M. Barsaoui proposait sur nos écrans entre deux confinements son premier long-métrage. Et franchement, bien joué Mehdi, parce que c’est pas mal du tout.

Dans ce film, on assiste aux aventures de Fares, Meriem et leurs fils Aziz, des tunisiens plutôt bien lotis pour qui tout roule dans la vie. Sauf que pas de pot, ils sont pris dans une fusillade terroriste, et poum le gosse dans le coma, avec un besoin de greffe. Et comment vous dire que si vous pensiez comme les personnages que le pire était derrière vous, vous allez tousser du sang pendant la prochaine heure et demie. Car vous serez sous tension permanente avec nos parents éplorés, qui eux-mêmes vont devoir faire des choix de type absolument cornélien de ses morts.

Sans spoiler plus que les dix premières minutes du film, on peut déjà dire que formellement, c’est net. La lumière est belle, les décors sont beaux, toute l’atmosphère d’un film maghrébin réussi nous pose avec les personnages dans ce film, dont les performances d’acteurs mettent en exergue un point remarquable dans l’écriture : ils apparaissent comme absolument humains, ce qui est l’objectif du film, donc jusque là bravo. Néanmoins, force est de constater que les rebondissements sont tirés par les cheveux, le scénario oscille entre convenu et abracadabrantesque, et il manque un je ne sais quoi au film, qui n’arrive jamais à nous faire oublier qu’il est un film ce qui lui aurait sans doute valu une meilleure place au classement. Mais bon, c’est quand même déjà un beau morceau de cinéma, et un nom de plus à mettre sur la liste des talents à suivre.


7

Tenet de Christopher Nolan

https://www.premiere.fr/sites/default/files/styles/scale_crop_border_white_1280x720/public/2020-07/tenet1.jpgChristopher Nolan est dans mon Top 3 des réalisateurs hollywoodiens de ce siècle (avec Paul Thomas Anderson et Denis Villeneuve), je sais, c’est vraiment pas original, mais bon, niquez-vous. Après l’excellent Dunkerque et trois mois de confinement, j’attendais donc ce film non pas comme le messie, mais au moins comme les lions attendaient le prophète Daniel. Et pour poursuivre cette sublime métaphore biblique, je suis reparti à moitié content et le ventre à moitié vide tel les félins babyloniens des évangiles.

Alors que dire sur Tenet. Je ne vous ferai pas l’offense de vous résumer le film, pour la simple et bonne raison que c’est pas très clair, et que vous l’avez surement déjà vu, et que c’est certainement pas clair pour vous non plus. Mais en gros, John David Washington et Robert Pattinson se rendent compte que des mecs remontent le temps, et ça met le zbeul. Un film qui a beaucoup divisé à sa sorti, et comme  80% des films dans ces cas-là mon avis est le même : c’est sympa, mais faut arrêter d’en faire des caisses, en bien comme en mal.

Je vais répéter des arguments déjà dits, mais le problème de Tenet est qu’il se noie dans son concept complexe et flou, ce qui dessert l’intrigue, les enjeux et la clarté et l’appréciation du film. A côté de ça, les scènes sont sublimes, le concept est formidablement mis en image mais il manque de punch et curieusement d’audace dans la réalisation, celle-ci étant comme tout le film au service de son concept. Un film intéressant et divertissant, que les fans verront sans doute plusieurs fois, mais que les spectateur lambda jugera comme sympathique mais oubliable car un peu trop perdu dans ses propres délires.


8

Kongo de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav

Kongo - film 2019 - AlloCinéJean Médard est apôtre, sorcier, pasteur et porte des t-shirt de foot. Rien que pour ça, ce film mérite votre attention. Cet homme extraordinaire est le sujet de ce documentaire tourné, vous allez tomber des nues, au Congo, qui explore la place de la spiritualité traditionnelle et chrétienne dans la société congolaise par l’intermédiaire de l’apôtre Médard, qui se retrouve accusé de sorcellerie et de magie noire.

Difficile comme vous vous en doutez de ne pas voir ce film comme une plaisanterie pittoresque post-coloniale quant à la culture à la fois si juste et si désuète de Médard et ses fidèles. pourtant, c’est ce que le film parvient à faire, sans doute lié à la formation et la volonté ethnologique de ses réalisateurs. On est entraîné comme dans une fiction dans cette Afrique moderne qui reste si traditionnaliste qu’elle en devient une source de remise en question quant à la perte de nos propres traditions.

La réalisation est à  la fois un point fort et un point faible du film. Par ses plans, son onirisme et sa discrétion, la caméra arrive à nous faire croire aux pouvoirs des esprits et à la magie du Congo. mais elle manque de fait de clarté et d’organisation, et malgré une structure claire, le film s’égare parfois un peu dans cette foule congolaise si fascinante. Un petit film qui raconte une petite histoire de la grande humanité, que je vous recommande avec enthousiasme.


9

Invisible Man de Leigh Whannell

Achat Invisible Man en DVD - AlloCiné

Enfin un petit film d’horreur bien classique, cette liste emplie de documentaires fait avec trois bouts de ficelles et de films d’art et essais malgaches commençait à vraiment transpirer la hipsteritude. Nous voilà donc avec Leigh Whannel et sa relecture moderne du mythe de l’homme invisible, après le grand classique du cinéma des années 30 de James Whale et toutes les suites incroyables de ce cinéma bis qu’on faisait à l’époque, et quelle époque ( je vous recommande particulièrement le truculent L’Homme Invisible contre la Gestapo de 1942).

Dans cette nouvelle version, notre homme invisible est un riche milliardaire et inventeur high tech américain, qui a également quelques légers problèmes  d’attitude et de comportement. En effet, il se remet mal de sa récente rupture et harcèle un peu son ex à base de je te course dans la nuit en slip, et ce n’est que la première étape du véritable enfer que va vivre cette pauvre Elisabeth Moss, pour avoir choisi de fréquenter un yes man de la start-up nation, on l’avait prévenue.

Le film multiplie les paris audacieux et les effets réussis. Centrer l’action non sur l’homme invisible mais sur son amante, et en faire de fait un sujet sur les relations abusives était fort bien pensé, et c’est rendu ici à l’écran avec justesse et sans excès. Elisabeth Moss fait le show et s’impose comme un grand nom d’Hollywood à l’aube de la troisième décennie du troisième millénaire, la réal est propre et la paranoïa et le doute qu’entraîne un éventuel homme invisible sont parfaitement rendus à l’écran. Bref, un petit film sympa, qui comme Un Fils mentionné plus haut ne souffre pas de défauts majeurs, mais reste à l’étroit dans son concept et son délire, sans offrir beaucoup plus que ce que l’on attend d’un film d’horreur très classique de notre époque, mais qui parvient néanmoins à rehausser le niveau avec un certain panache.


Ce Top continuera très bientôt avec sa troisième partie :  Les Bons Films. D’ici-là, je vous fais des gros bisous, et vous conseille de regarder des films de quaLITé.