TOP 36 Films 2020 Partie 4 et FIN : LE TOP 10

Enfin nous y voici. Les dix meilleurs films de 2020, à coup sûr puisque je parle au nom de Dieu, et si vous n’êtes pas content de cet état de fait et de cette sélection , moi, Guerre, déclencherai une pandémie mondiale. LOL. Ne tergiversons pas plus, les onze films cités ici sont à voir pour votre culture et vote élévation d’âme, et saisir le peu de belles choses que 2020 a su nous apporter. Alors foncez sur Zone Téléchargement, éteignez vos téléphones, et empruntez la croix rouge en haut à gauche de votre écran à la fin de la séance. Moteur, Action.


1

Mention Honorable :  The Lighthouse de Robert Eggers

Lionbeen The Lighthouse - Movie Poster - Affiche de Film 70 X 45 cm (Not A DVD): Amazon.fr: Cuisine & MaisonPour une raison absurde, et malgré mon statut de Cavalier de la Discorde, je me suis tenu  à respecter les dates de sorties des films en France pour les inclure ou non dans ce Top. Mais ça me faisait trop chier de pas parler un peu de The Lighthouse, déjà parce que c’est génial, et ensuite parce que c’est sans doute un des seuls films de ce Top que vous connaitrez en amont, du moins je l’espère.

The Lighthouse, sorti en France le 19 décembre 2019, est le second film de Robert Eggers, qui avait déjà mis un coup de boule monumental avec ses débuts en 2015 et le brillantissime The Witch, révélant par la même la fantastique Anya Taylor-Joy bien avant qu’elle n’aille jouer aux échecs chez les reptiliens sadomasos de Netflix. Ce qu’il se passe, c’est que Robert Pattinson et Willem Dafoe sont un mois de tempête dans un phare paumé au large de la côte Est américaine. Voilà. Et comme dans The Witch, où c’est une famille au bord d’une forêt et dans la forêt y’a une sorcière, y’a pas besoin de plus.

Parce qu’Eggers est un metteur en scène extrêmement talentueux, qui sait avant tout exploiter le décor naturel qu’il choisit, et le modeler à travers la caméra en une fresque effrayante et mystique. Parce qu’il prend minutieusement le temps de travailler chaque détail de chaque scène, et de transporter son spectateur dans le voyage que lui et son équipe ont vécu en créant le film. Parce que Pattinson et Dafoe crèvent l’écran, ont des personnages fins, complexes parfois jusqu’à l’absurde. parce que Eggers arrive à faire de l’horreur lovecraftienne sans en faire. Parce que ce film frise le chef d’œuvre, à tous les niveaux, et que Eggers s’impose avec Ari Aster derrière lui comme le renouveau du cinéma de genre américain, et que vous devez voir ce petit bijou, en attendant son prochain film The Northman avec forte impatience.


2

Lux Aeterna de Gaspard Noé

Lux Æterna : Photos et affiches - AlloCinéSacré Gaspard, qui sort de nulle part, pour nous livrer peinard un petit film bonnard, même si ce trip vicelard a filé le cafard a pas mal de lascars. Allez j’arrête, et on parle du nouveau film de Gaspard Noé, qui après le surprenant Climax revient inonder le cinéma français de ses trips improvisés, pour honorer une commande de la maison Saint Laurent. Eh oui, Gaspard a vendu son boule contre une carte blanche à condition de mettre la marque et son égérie dans ce moyen-métrage, qui sent bon l’épilepsie, l’anxiété et le malaise.

L’égérie de Saint-Laurent se retrouve donc dans ce film en tant qu’elle même, Charlotte Gainsbourg, aux côtés d’une autre elle-même, Béatrice Dalle. La première est l’actrice principale d’un film réalisé par la seconde, et y joue le rôle d’une sorcière médiévale. Sorcière qui  doit en l’occurrence se faire cramer sec par les gueux en colère lors de la prochaine scène qui doit être tournée, tournage qui va… mal tourner. Je commence à trop enchaîner les critiques et à me réfugier de plus en plus dans les calembours pour garder votre intérêt.

En effet, les rageux diront que je place ce film dans mon top 10 par prétention, liée au nom de l’auteur, tant ce film divise et semble avoir offensé pas mal de cinéphiles frénétiques, qui reprochent à Gaspard de faire du Noé. Mais comme dans ma lointaine critique sur Blanko, si vous aimez le zigoto, pourquoi est-ce un problème ? Oui, Noé navigue dans le vide, revient à des vieux amours en mettant en scène ce tournage absolument anarchique, aux lumières digne d’un trip de mescaline, qui sombre dans la folie totale, tant visuelle que mentale chez les personnages. Mais le talent ne s’invente pas, et cette mise en scène de l’oppression, bien plus que du monde du cinéma, cette folie quasi mégalomane du metteur en scène que vous lui reprochez, c’est cela même qu’il montre à l’écran, pendant cinquante délicieuses et douloureuses minutes, où la tension monte jusqu’au paradis. Merci d’exister Gaspard, et merci pour ce détour au pays du cinémassacre. On ne reste pas mais on en redemande pour la prochaine fois.


3

Uncut Gems des Safdie Brothers

Uncut Gems - film 2019 - AlloCinéAu moment où j’ai regardé Uncut Gems, je n’avais pas encore vu Punch-Drunk-Love. Je pensais donc comme vous que le maximum qu’Adam Sandler pouvait produire à l’écran, c’était un pet et un rot simultané. Le voir à l’affiche d’un thriller inconnu des cryptodémonistes netflixiens m’apparut donc comme curieux pour être poli. Mais ce fut sans compter sur un revenant, Conquête, qui m’exhorta à voir ce film si je ne voulais pas qu’il vienne réclamer sa place au sommet de l’Apocalypse.

J’ai donc regardé Uncut Gems, avec une appréhension plus que certaine, et ai suivi les aventures de Sandler, ici dans la peau du bijoutier new-yorkais Howard Ratner mêlé à des affaires louches, entre deals sombres avec des usuriers suspects, négociations compliquées avec des stars du basket et spectacles de fin d’année des gosses au milieu de tout ça. Sa vie est un beau bordel, à l’image du film. Avec une immense emphase sur le Beau.

Sandler évolue ici dans son élément, le chaos ambiant, mais celui-ci est plus méthodique, plus sale, plus sérieux. Des bas-fonds des night-clubs aux illuminations des machines à sous, c’est un véritable voyage urbain sous cocaïne qui nous invite, si on tient le coup, à explorer l’âme de ce bijoutier filou, désagréable, risque-tout, pénible, parfois stupide, mais on ne sait comment attachant. L’écriture du film est millimétrée, sans quoi le film tournerait véritablement à l’anarchie, et c’est ce qui en fait sa force incroyable, car tout s’enchaîne sans répit pour le spectateur ni Howard, dans des directions toujours plus confuses mais en même temps toujours plus claires. Un long film lancinant excellent sur bien des points, sublimé d’une part par la B.O au petits oignons de Oneohtrix Point Never toujours au top de leur game, et d’autre part par la performance de Sandler, qui pardonne beaucoup de tâches de sa carrière, mais pas Jack and Jill quand même, il faudra d’autres coups de maîtres de ce genre pour effacer cette insulte.


4

Cyborg Deadly Machine des Masebrothers

Cyborg : Deadly Machine - film 2020 - AlloCinéVous allez rire, il y a un deuxième moyen métrage dans mon top 10. Une année des plus déroutantes, on peut le dire. Et pourtant, on s’y attendait, et on attendait ce film plus que tout autre film ici à Apocalypse. Parce que c’est enfin l’heure de voir sur écran le film de nos amis Masebrothers, que nous avions interviewé il y a plus d’un an alors que le projet naissait seulement par l’œuvre de ces passionnés du cinéma bis, de leur petite communauté et de quelque quinze mille euros, soit 11700 fois moins d’argent que ce qu’il a fallu pour faire Suicide Squad. Et le résultat est sans appel, et pas seulement parce qu’on a notre nom au générique, même si ça fait très plaisir.

Bon on va pas vous résumer le film, vous avez lu le titre, l’interview et visionné ledit métrage dans son intégralité gratuitement sur Youtube avant de lire cet article j’en suis sûr. Mais en gros, dans le futur, les robots et les intelligences artificielles se sont rebellés et c’est la fin du monde, et il va falloir l’intervention d’un grand héros pour stopper les nouveaux modèles de robots encore plus balèzes et plus méchants. Ca sonne déjà vu :  c’est le but, ce film, à l’instar de Kung Fury, est un immense hommage aux films d’actions des années 80. mais Cyborg parvient à se prendre au sérieux juste comme il faut pour nous conquérir totalement, et nous emmener avec lui casser du robot démoniaque entre les one-liners, les héroïnes badass et les jets de sauce tomate.

One ne peut qu’être conquis par Cyborg Deadly Machine, car c’est une démarche avant tout sincère. Les cerveaux géniaux derrière ce film savent où ils vont, ce qu’ils recherchent, et on sent le plaisir absolu derrière cette réalisation qui est un rêve devenu réalité. Tout le kitsch et le manque de budget y sont assumés et gérés avec brio, la fin inattendue témoigne d’un vrai effort d’écriture et d’inventivité, les animatroniques ont de la gueule, bref, un projet porté avec panache de bout en bout par des cinéphiles talentueux et passionnés, des acteurs investis, une équipe de FX, de maquette et de tournage à fond : un petit régal qu’on ne regrette pas d’avoir soutenu dès la première heure, et qu’on vous invite à ne pas manquer.


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3 Aventures de Brooke de Yuan Qing

3 Aventures de Brooke - film 2018 - AlloCinéPas plus tard qu’aujourd’hui, une personne remarquable me disait : « il est intéressant de regarder le regard extérieur sur nous à travers la vision du cinéma ». Cette citation complètement absurde et vide sans contexte, me permet donc d’introduire un film qui lui est au contraire très sensé et ampli de qualités tant sur le fond que sur la forme. Et auquel la citation merdique ci-dessus peut se référer si on l’y force vraiment.

Brooke, notre protagoniste, est une jeune chinoise de Pékin en voyage en Malaisie, qui va vivre trois aventures. Jusqu’ici vous vous en doutiez, et ça a pas l’air ouf, mais voici l’astuce du film :  ces trois aventures évoluent de façon parallèle et non successive. Ainsi, dans une espèce de vision poétique d’un jour sans fin, le film redémarre deux fois avec la même scène d’ouverture, mais explore des rencontres, des péripéties et des questionnements différents pour la jeune Brooke.

D’une part, c’est une très bonne idée, et la jeune réalisatrice Yuan Qing qui signe ici son premier film rend hommage au cinéma français et aux codes de la Nouvelle Vague revues ici sous un prisme bien plus féminin et agréable, et au chef-d’œuvre d’Alain Resnais notamment en exploitant cette mécanique de revisite, déplaçant les personnages, donnant de nouveaux rôles aux mêmes acteurs, et creusant à chaque nouvelle itération son personnage principal en profondeur, construisant de fait un personnage extrêmement simple et  humain, profond, crédible et donc sympathique. D’autre part c’est très bien fait, car il émane de cette Malaisie si inconnue, de ces personnages si simples et si humains et de la légèreté de ces hommes et de ces femmes qui défilent sous nos yeux, un monde de personnages auquel on croit et on s’attache, le tout dans une atmosphère planante, nostalgique et poétique. Quand une jeune chinoise bourrée de talent fait du cinéma français, ça donne un petit film beau, très fin, extrêmement poétique et certainement mieux que bien des films français faits par des français


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Michel-Ange de Andreï Konchalovski

Affiche du film Michel-Ange - Photo 1 sur 15 - AlloCinéJe vais vous faire une confidence :  j’aime beaucoup les biopics. Oui, on en a vu autant que de fanzouzes au Salon du Gogole, c’est toujours la même recette, je connais les refrains et je concède tous les contre-arguments au biopic, que j’apprécie  sans doute à cause d’une vieille passion pour l’Histoire, celle-ci étant principalement constituée de guerres. Sauf qu’ici, c’est pas la même recette, car le film est réalisé par le grand Konchalovski, réalisateur russe illustre, ancien assistant de Tarkovski et scénariste du fabuleux Andreï Roublev. Vous vous en doutez donc, les biopics incroyables et hors des règles, le gaillard maîtrise.

Le choix est déjà fait ici de se concentrer sur une très courte période de la vie du génie de la Renaissance (vous aviez compris que c’était le protagoniste et pas la tortue ninja éponyme j’espère), alors que le maestro est déjà au fait de sa gloire. Lors du changement de pape, son allégeance aux familles italiennes qui s’entredéchirent pour prendre le pouvoir est remise en question, et empêche son génie de s’exprimer correctement, alors même qu’il entreprend un projet d’une grandeur démentielle. Et on va suivre l’artiste fou et incompris dans ses délires, bref, sur le papier y’a rien qui passe, pourtant c’est génial.

Traiter dans un biopic d’un génie asocial et incompris est à peu près aussi original que de mettre des pâtes dans de l’eau bouillante. Le cliché est donc ici complètement embrassé, mais plutôt que de mettre en scène une société cruelle qui maltraite ce pauvre Michel-Ange, on nous le rend insupportable et attachant, inconscient mais pas sans défense, et l’interprétation d’Alberto Testone en maniaque du burin à moitié fou est sublime. Sublime comme les décors de cette fresque, qui reprend les codes des grands films chorales historiques que seuls les vieux boomers magnifiques comme Konchalovski ont pu connaître, comprendre et aimer, et nous les restituer ainsi avec tant de panache, de talent de mise en scène, tant de folie grandiloquente que le film, pareil à son personnage, nous éclabousse de sa folie dantesque et de sa beauté et de sa qualité à tous les niveaux. Une lettre d’amour à l’art, sous toutes ses formes les plus classiques comme les plus écorchées.


7

Adoration de Fabrice du Welz

Affiche collector "Adoration" – The Jokers ShopD’abord Gaspard Noé, ensuite Fabrice Du Welz, si Bertrand Mandico et Yann Gonzalez avaient sortis des films cette année, ils seraient aussi dans son top 10 à cet intello apocalypso-bobo-gauchiste, vous dites-vous alors que ce Top 5 s’ouvre sur un film français (ouais belge d’accord), ce qui est déjà une belle perf. Oui, je vous réponds, parce que j’aime les choses bien, et que à choisir je préfère la prétention à la vulgarité. Après tout, n’est pas envoyé divin qui veut.

Mais parlons de ce film, puisque s’il est là, c’est qu’il déchire. La mère de Paul travaille dans un asile, où Gloria vient d’être internée. Paul l’aide à s’enfuir, et les deux adolescents montent sur une barque vers leur destin (j’adore cette formule de boloss). Elle est complètement frappadingue, ça se voit minute un, personne n’en doute jamais. Sauf Paul, parce qu’il la kiffe sévèrement.

Réputé pour son ultra-violence et ses images très dérangeantes, Du Welz calme le jeu ici, en privilégiant le symbolisme et la poésie plus douce, même si tout aussi forte. Il met en scène une histoire d’amour, d’amour fou, de délire adolescent, dans un cadre fantasque et fantastique ou tout paraît faux, tellement c’est lisse et beau, tellement ce film n’est qu’un rêve d’adolescent, avec ses grandeurs et surtout ses décadences. Les deux jeunes acteurs sont très bons, et leurs voyages au gré du fleuve, rencontrant tantôt des touristes en péniche tantôt Benoît Poelvoorde en robe de chambre, nous fait indolent soupirer avec eux de briser ces interdits pour une liberté totale. Du grand Du Welz, toujours au sommet du cinéma francophone, même si ces gamins méritent une petite coudasse à plusieurs reprises.


8

Abou Leila de Amin Sidi-Boumedine

Achat Abou Leila en DVD - AlloCinéCa fait mal la quatrième place. T’es aux portes de la gloire mais personne se souviendra de toi. Même ta vignette est la même banale et nulle que les autres, alors que quatrième sur trente-six c’est quand même une très belle perf. Surtout pour un premier film algérien inconnu, dont rien ne laissait présager un tel talent et une telle réussite.

Abou Leila est un terroriste dans l’Algérie des années 90, tueur d’hommes de femmes et de flics. Deux d’entre eux , S. et Lotfi, partent à sa poursuite. Sans uniforme, juste en jeep dans les fins fonds du désert algérien. Mais la trace est faible, se perd se retrouve. Qui est vraiment la proie, qui est vraiment le prédateur ? Et surtout, qu’est-ce que ces deux hommes sont réellement venus chercher, si loin du monde, où fantasmes, peurs et colères semblent prendre vie.

Avec ce film, le cinéma algérien est clairement mis à l’honneur, prouvant encore une énième fois que faire un film à caractère social est amplement possible dans un film de genre sans en faires des caisses. Surtout quand on a le talent de mise en scène qui va avec. Entre rêve et réalité, le film alterne entre scènes très intimistes et délires quasi grandioses, maintenant le spectateur dans une délicieuse agoraphobie constante, de l’intérieur exigu de cette voiture qui menace à tout instant de les lâcher en plein Sahara. Lyes Salem tient ici le rôle de sa vie, et le sérieux et la gravité du film donnent un ton froid et glaçant à ses ponctuels délires lynchéens. Un essai absolument transformé qui mérite d’être vu.


9

1917 de Sam Mendes

Achat 1917 en DVD - AlloCinéTaratazoum, voilà Sam Mendès. Cette homme peut-il faire des mauvais films, sauf quand on lui met un héros ringardos dans ses scénars ? Oui, je suis pas un grand fan de James Bond, désolé. C’est pourquoi, après 10 ans sans l’avoir vu en autre compagnie que celle de Daniel Craig, mes retrouvailles avec le génie derrière American Beauty furent particulièrement chaleureuses, d’autant plus qu’il me proposait un film de Guerre. Rien que là, j’aurai dû me douter que je ferai un jour un TOP 36 films juste pour dire à quel point ce film est bien.

Comme tous les films de guerre, le pitch n’est pas très compliqué. Deux soldats sont envoyés à travers les lignes pour empêcher un assaut qui tournerait au massacre suite à des renforts allemands imprévus. Bon, vous l’avez tous vu déjà, ou au moins vous savez que le film est tourné en un faux unique plan séquence, que tout le casting de Sherlock vient cachetonner dans les rôles secondaires, et que ce film est un chef d’œuvre.

Visuel, en tout cas, c’est incontestable. L’Apocalypse alors réunie au complet a pris une sévère mandale de la part de Sam, tant dans l’exécution du concept, que du travail de la lumière. Mais ce n’est pas tout. L’écriture du film est simple mais ciselée au maximum, et oui elle souffre de quelques facilités ou incohérences. (Cette jeune mère française apporte-t-elle concrètement quelque chose dans cette histoire ?) Mais c’est tellement un beau film, et pour un film de guerre c’est pas évident de dire ça. La majesté et la retenue anglaise, au final un pays qui compte peu de films de guerre mainstream, s’exprime par la caméra, allant de bonnes idées en bonnes idées, de moments de terreur aux moments de grâce, et qui porte son spectateur avec lui vers une douce apothéose, sans jamais faire l’apologie de la guerre, juste des hommes qui, pour une raison absurde, essaient de survivre à une abomination politique qu’ils ne comprennent pas. Ouais chuis antimilitariste, ça vous la coupe, hein ? Bravo Sam et merci, point.


10

Jinpa, un Conte tibétain de Pema Tseden

Jinpa, un conte tibétain - film 2018 - AlloCinéNe nous voilà pas la face. Le cinéma extrême-oriental que l’on nous sert en France est  est essentiellement ethnologique. La plupart des films de ces contrées dont je parle dans ce top sont des mises en scène de cette société qui nous paraissent à nous dépaysantes, fascinantes et un peu pittoresques, une histoire coloniale ne s’efface pas comme ça. Et dans ce registre, comme dans tous les registres, il y a un maître : faites place à Monsieur Pema Tseden.

Jinpa, c’est trois personnes bien distinctes dans ce film. D’abord, notre protagoniste, un camionneur excentrique qui écoute Pavarotti en tibétain avec une dégaine à la Johnny à travers l’Himalaya. C’est aussi le nom de l’acteur qui l’incarne à l’écran. C’est enfin un nomade des tribus Kampas, que Jinpa premier du nom prendra en stop, pour le mener vers son destin : tuer le meurtrier de son père, qu’il traque dans le pays depuis dix ans. Et les deux Jinpas et leurs destins qui s’entrecroisent ne sauraient être liés au hasard, car rien ne lui est laissé dans ce film.

Soyons francs, le simple fait de réussir à filmer un conte moderne ethnologique qui ne donne pas envie de se frotter les gencives sur des gravats relève déjà d’une performance certaine. Mais il faut la connaissance et l’amour profond que Pema Tseden a pour son peuple pour offrir un histoire aussi prenante, aussi bien filmée et aussi forte. Le mysticisme du conte, l’humanité des personnages, à la fois si profonds et si archétypaux, montre la maîtrise totale de l’exercice auquel il se livre. Jinpa, le comédien, est une révélation et un talent incroyable. Le Tibet nous est rendu ici de manière crue, sans jugement ni filtre sinon celui du rêve de ses habitants, de leurs pratiques et de leur calme et lente évolution dans ce monde sans cesse en mouvement. Un régal absolu, et sans aucun doute le meilleur des quelques trop rares films que Tseden a pu nous faire parvenir en Europe.


11

Nina Wu de Midi Z

Achat Nina Wu en DVD - AlloCinéAnd the winner is….. AH. Bon. ben je vais reparler de Nina Wu alors. Simplement parce que ce film est une leçon de cinéma engagé, une leçon d’écriture, une leçon d’une actrice et d’une scénariste autant que celle d’un réalisateur. Midi Z avait déjà marqué les chanceux qui avaient pu voir Adieu Mandalay, son premier long-métrage arrivé en France, cette fois-ci, il nous attaque directement à la masse dans les rotules. Et on en redemande, parce que ce film est nécessaire, comme disent tous les gogoles engagés qui parlent plus qu’ils agissent. Midi Z, et son actrice/scénariste Wu Ke-Xi, eux agissent en créant ce film qui aurait dû avoir l’effet d’un coup de tonnerre. Alors voyez-le. C’est un ordre divin.

C’est l’histoire, vous l’aurez encore une fois deviné de Nina, une jeune actrice en devenir qui tente de percer dans le cinéma taïwanais. Elle vient de la campagne, essaie de se démarquer pour enfin obtenir le gros rôle de sa vie dans un blockbuster gros budget. Ce qui va, Ô joie, arriver. Sauf que le cinéma taïwanais, c’est comme le cinéma du monde entier, on veut pas voir l’envers du décor. Et ce film va prendre un malin plaisir à nous cartonner la tête à coup de réalité, dans la peau, les traumatismes  et les angoisses de Nina, qui vont très vite devenir beaucoup trop contagieux.

Ce film est à l’image de son personnage :  détruit, destructuré par un événement traumatique qu’on soupçonne, qu’on devine, mais qu’on ne voit jamais. En période #metoo, ce film est cri du cœur, un appel à l’aide d’une femme dans un milieu abject qui veut juste faire son boulot et avoir sa chance. La réalisation oscillant entre délire, fantasme et cauchemar, est une masterclass de violence, de descente aux enfers et de noirceur, dont la mise en scène extrêmement soignée a un seul but : asséner son message , et envoyer un boulet de canon dans la tête de son spectateur. Nina crève l’écran comme peu de personnages féminins dans l’histoire du cinéma, et ses pérégrinations, ses allers-retours incessants entre crise et sérénité d’apparence, montrent la quintessence d’un cinéma engagé pour une cause très simple : dénoncer un milieu pourri, dont la putréfaction salit les bases mêmes de l’humanité et de l’individu qui subit l’horreur en son sein. Une immense claque, froide et sans gants, couplée avec un talent de cinéaste, d’actrice et de réalisation rarement vus. Un vrai chef d’œuvre qui tabasse les tripes, et qui marque son spectateur de l’empreinte terrible de son personnage. Horriblement époustouflant.


Et voilà, c’est fini, vous avez pas mal de films à voir ou à rattraper maintenant, je n’en doute pas. n’hésitez pas à me partager vos prorpres coups de coeur, nul doute que je n’ai pas vu toute la qualité cinématographique de l’année passée.
Retrouvez le reste de ce fabuleux top ici : Partie 1 : Les films oubliables ; Partie 2 :  les films pas mal ; Partie 3 ; les bons films.
PS : les plus assidus d’entre vous auront noté que j’ai parlé à un moment d’un deuxième film de Koji Fukada qui n’est jamais venu. Je me suis rendu compte en cours de rédaction de ce top que sa sortie avait été reportée, et j’ai donc du voir un film supplémentaire au pied levé pour tenir ce nombre 36. Saurez vous deviner qui est le retardataire ? le ou la gagnante repartira avec une bénédiction divine.